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杜牧 : 赤壁

  1. 折戟沉沙鐵未銷
  2. 自將磨洗認前朝
  3. 東風不與周郎便
  4. 銅雀春深鎖二喬

Du Mu (803-852?) : La Falaise rouge

  1. La hallebarde brisée est enfouie dans le sable, mais son fer n’a pas rouillé ;
  2. Je m’en saisis, la polis, la lave, et reconnais une arme de l’ancienne dynastie !
  3. Si le vent d’est n’avait pas soufflé à l’avantage de Zhou Yu,
  4. Les deux Qiao auraient été emprisonnées dans le harem de l’Oiseau de Bronze !
    (traduction provisoire)

Notes textuelles

赤壁

  1. 折戟沈沙鐵未銷 ♦ 折戟 (zhéjǐ) hallebarde brisée / 銷 (xiāo) ronger
  2. 自將磨洗認前朝 ♦ 將 prendre / 磨洗 polir / 前朝 la dynastie précédente, l’ancienne dynastie / 認前朝 je comprends que la hallebarde vient d’autrefois (elle est une relique de la bataille de la Falaise rouge)
  3. 東風不與周郎便 ♦ 周郎 Zhōu Yú (175-210, général du pays de Wu, il dirigeait la flotte de Wu lors de la bataille de la Falaise rouge) / 東風不與周郎便 si le vent n’avait pas aidé Zhou Yu (à brûler les bateaux de Cao Cao)
  4. 銅雀春深鎖二喬 ♦ 銅雀 (tóngquè) = 銅雀臺, la Terrasse de l’Oiseau de Bronze (lieu de plaisirs de Cao Cao à Ye 鄴, le siège du pouvoir de Cao Cao à Wei, soit l’actuelle Linzhang au sud de l’actuel Hebei) / 春深 printemps profond (sans doute une allusion au gynécée de Cao Cao et à ses plaisirs) / 鎖 (suǒ) enfermer / 二喬 les deux Qiao (deux sœurs du pays de Wu, réputées pour leur beauté ; l’aînée était l’épouse de Sun Ce 孫策, le souverain de Wu ; la cadette était l’épouse de Zhou Yu)

Commentaire

  • Ce quatrain régulier heptasyllabique a été retenu dans de nombreuses anthologies, à toutes les époques ; il figure déjà dans une collection Tang, ainsi que dans l’anthologie des Trois cents poèmes des Tang. Le Palmarès de Wang Zhaopeng le classe au 39e rang des poèmes les plus influents de la dynastie. À noter que ce poème a parfois été attribué à Li Shangyin.
  • Ce remarquable poème fait allusion à la célèbre Bataille de la Falaise rouge, qui en 208-209 oppose les armées de Cao Cao, seigneur du pays de Wei, aux armées alliées des pays de Wu et de Shu. L’enjeu de la bataille est le contrôle du Yang-tsé, et elle se déroule à proximité de ce fleuve. Cao Cao perd cette bataille, et il ne sera plus jamais en mesure de véritablement menacer les territoires au sud du Yang-tsé et ainsi de réunir l’Empire.
  • La bataille s’est probablement déroulée immédiatement au sud du Yang-tsé, dans l’actuelle province du Hubei ou éventuellement dans celle du Hunan. Le lieu exact demeure débattu. La question est d’autant plus complexe que dans cette région, le cours du Yang-tsé a varié depuis l’époque Tang, et que plusieurs lieux ont changé de nom. L’identification « classique » du lieu de la bataille est Puqi 蒲圻 (à l’est de l’actuel Hubei), qui s’est d’ailleurs renommée Chibi en 1998, pour mieux asseoir la légitimité de sa revendication (et attirer les touristes) ; Jiayu (actuel Hubei) et Wuchang (aujourd’hui intégré à la ville de Wuhan) sont d’autres candidats possibles pour le lieu de la bataille. À noter que Du Mu a séjourné à Huangzhou 黄州 (dans l’actuel Hubei), un autre lieu qui depuis le poète Su Shi 蘇軾 (Su Dongpo 蘇東坡, 1037-1101) a parfois été considéré comme le lieu de la bataille ; cette hypothèse est largement rejetée aujourd’hui, et on considère généralement que Du Mu n’a pas composé ce poème à Huangzhou.
  • Lors de la bataille, Zhou Yu, le général de Wu, lance à l’assaut des bateaux de Wei des vaisseaux incendiaires, qui profitent du vent de l’est pour bouter le feu à la flotte de Cao Cao. Ce qui est original, c’est que Du Mu imagine un scénario où Zhou Yu n’aurait pas été aidé par le vent, et aurait donc échoué dans son stratagème, avec pour résultat la victoire finale de Cao Cao : il s’agit donc d’une uchronie (ou d’un counterfactual, cf. S. Owen, The Late Tang, p. 291), un procédé relativement rare dans la poésie chinoise ancienne. Implicitement, Du Mu considère que si Cao Cao avait remporté cette bataille, il aurait conquis Wu et se serait emparé des belles femmes de ce pays, au premier rang desquelles les deux sœurs Qiao, qu’il aurait ramenées à Wei pour en disposer dans son gynécée.
  • Le roman Les Trois royaumes (14e siècle), qui propose une vision romanesque des luttes entre Wei, Wu et Shu, fait des deux sœurs Qiao l’un des principaux motifs de Cao Cao dans sa tentative de conquête du sud : selon ce roman, c’est en effet pour s’emparer de ces deux belles que Cao Cao aurait déclaré la guerre à Wu. Dans le poème de Du Mu, la référence à ces deux femmes n’est donc pas anecdotique : elle peut se comprendre comme une étape dans ce processus de fictionnalisation des motivations de Cao Cao.
  • Le v. 3 suggère que la victoire de Zhou Yu a tenu à peu de choses : sans le vent de l’est, Cao Cao serait peut-être parvenu à réunir les pays chinois. Au v. 4, on pourrait traduire littéralement de la façon suivante : « Les deux Qiao auraient été enfermées dans le printemps profond de la Tour de l’Oiseau de Bronze ».
  • La Terrasse de l’Oiseau de bronze fut construite en 210, soit près de deux ans après la bataille de la Falaise rouge ; Cao Cao n’aurait donc pas pu y loger les deux Qiao immédiatement après la bataille.

Thèmes

Attributs

  • Année de composition : ??
  • Forme : qi yan jueju 七言絕句
  • Vers : 8
  • Pieds : 7
  • Thème : antiquité
  • Lieu : (Hubei) Chibi (Wuchang)
  • Esthétique : 2
  • Mode : triste

Anthologies : 14/29

  • Cdj(T), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), WanTang(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), ZhongJilin(P), Paihang(P)
  • Tang / Qing / Rép / RPC
  • Trois cents poèmes des Tang
  • 10 anthologies RPC
  • 1 anthologie scolaire
  • Palmarès (n°39)
  • Trad. OwenLate 292

Lien externe