Catégorie B ♦ Lüshi ♦ TSSBS
崔塗 : 孤雁其二
- 幾行歸塞盡
- 念爾獨何之
- 暮雨相呼失
- 寒塘欲下遲
- 渚雲低暗度
- 關月冷相隨
- 未必逢矰繳
- 孤飛自可疑
Cui Tu (854-?) : Une Oie solitaire
- En lignes les oies retournent aux passes et disparaissent :
- Tu demeures seule et je me demande où tu vas.
- Dans le crépuscule pluvieux tu les appelles en vain,
- Sur l’étang froid tu hésites à te poser.
- Tu traverses furtivement les nuages bas au-dessus des îlots,
- La lune froide t’accompagne par-delà la passe.
- Tu ne tomberas peut-être pas sous la flèche du chasseur,
- Mais comment ne pas s’inquiéter de ta solitude ?
(traduction provisoire)
Notes textuelles
孤雁其二 ♦ 雁 (yàn) oie sauvage
- 幾行歸塞盡 ♦ 幾行 (háng) rangs (d’oies sauvages) / 盡 jusqu’à la dernière, finir / 歸塞盡 toutes les oies retournent au-delà des passes
- 念爾獨何之 ♦ 念 se soucier de / 何之 = 之何 aller où / 念爾獨何之 je m’inquiète de savoir où tu vas ainsi seule
- 暮雨相呼失 ♦ 暮 (mù) crépuscule / 失 égarer, se perdre (l’un l’autre) / 相呼失 (elles s’appellent en vain)
- 寒塘欲下遲 ♦ 欲 (一作獨) / 寒塘欲下遲 on désire s’arrêter sur l’étang froid mais on hésite
- 渚雲低暗渡 ♦ 渚 (zhǔ) îlot, banc émergé / 低暗渡 passer en volant bas dans le soir
- 關月冷相隨 ♦ 關 frontières / 相 (一作遙) / 相隨 la lune suit l’oie
- 未必逢矰繳 ♦ 矰繳 (zēngzhuó) flèche et fil (pour attraper les oiseaux) / 未必逢矰繳 (bien que tu échapperas peut-être aux chasseurs)
- 孤飛自可疑 ♦ 自可疑 elle a de quoi s’inquiéter (étant donné qu’elle est toute seule)
Commentaire
- Ce huitain régulier pentasyllabique figure dans les Trois cents poèmes des Tang. Il est le deuxième et le mieux connu d’un groupe de deux poèmes sur le thème de l’oie solitaire.
- L’ « œil » du poème est le caractère gu 孤, « seul », qui apparaît dans le titre et dans le v. 8 ; la solitude de l’oiseau est encore soulignée par le synonyme du 獨, au v. 2. Comme l’ont noté plusieurs commentateurs, ce poème ne connaît aucun répit : chaque vers contribue à l’ambiance de solitude et de désolation.
- Le poète utiliser la solitude de l’oiseau pour exprimer sa propre solitude. Comme l’oie, il se trouve exilé et en voyage, et séparé des siens dans un paysage immense. Il s’agit à première vue d’un poème « d’éloge de choses » (yong wu shi 詠物詩), mais comme très souvent dans ce genre, la « chose » (ici, l’oie) est utilisée pour un message. Les poètes Tang aiment à exprimer leurs sentiments par l’intermédiaire d’une autre chose, ou d’une autre créature (tuo wu yu zhi 託物寓志, tuo wu yu gan 託物寓感), et c’est ce que Cui Tu fait ici.
- La solitude de l’oiseau est d’autant plus grande qu’il vient de perdre son groupe (li qun 離群), mais qu’il ne le voit plus. Des commentateurs anciens ont critiqué le troisième vers (san ju you bing 三句有病), en estimant que si l’oie appelle, c’est qu’elle n’est pas (encore) seule ; cette critique est un peu raide : les autres oies ne sont peut-être pas très loin encore, mais il est déjà trop tard pour l’oiseau attardé, qui crie donc en vain.
- Les oiseaux « retournent aux passes », c’est-à-dire remontent vers le nord : on se trouve au printemps, mais la saison n’est pas encore hospitalière, comme le montrent les nuages bas et la lune glacée du troisième distique, qui accentuent l’isolement de l’oiseau (et du voyageur).
- Comme celui de l’oiseau, le sort du voyageur n’est pas enviable ; il ne sait pas où aller (v. 2), et si son isolement lui vaudra peut-être d’être épargné par les dangers qui menacent ses pairs (v. 7), il n’est pas à l’abri du danger pour autant (v. 8). Le mot yi 疑, « craindre », du dernier vers résonne avec le caractère nian 念, « se soucier », du v. 2.
- Le deuxième distique (v. 3-4) décrit la hâte de l’oie : elle appelle ses compagnes pour les rejoindre, et elle ne prend même pas le temps de se poser sur l’étang pour boire (et sans doute répugne-t-elle aussi à se mettre en danger en se posant seule sur l’eau). On peut imaginer que son cri résonne d’une façon particulièrement triste dans l’environnement désolé et solitaire.
- Cui Tu vécut à la fin de la dynastie Tang, et il passa une bonne partie de sa vie en voyages. Nombre de ses poèmes reflètent sa triste expérience de l’errance.
- La traduction suivante, trouvée sur un blog (https://100tangpoems.wordpress.com/2018/01/04/a-lonely-wild-goose/), prend beaucoup de libertés par rapport à la lettre du texte, mais la mélancolie du poème y est exprimée d’une façon très réussie :
A lonely wild goose
line after line after line after line
geese fly over the border
and you, by yourself, all alone
you, in the evening rain,
calling out, I’m lost
and no answer
so, you alight at night, slowly
on a frozen pond, above
faster than you, the clouds pass, low and dark,
on to the mountains and wintry moon…
if you suffered the archer’s arrow and streamer,
could it be worse than going alone?
Thèmes
Attributs
- Année de composition : ?
- Forme : lüshi 律詩
- Vers : 8
- Pieds : 5
- Thème : nostalgie du pays natal
- Lieu : -
- Esthétique : 2
- Mode : triste
Anthologies : 7/29
- Sanbai(Q), Yiduo(R), Yu(P), Cidian(P), WanTang(P), Xianggang(P), Pingjian(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 5 anthologies RPC
- Trad. Bynner 145
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E5%AD%A4%E9%9B%81%E4%BA%8C%E9%A6%96/20113416