祖詠 : 蘇氏別業
- 別業居幽處
- 到來生隱心
- 南山當戶牖
- 灃水映園林
- 屋覆經冬雪
- 庭昏未夕陰
- 寥寥人境外
- 閑坐聽春禽
Zu Yong (699-746?) : La maison de campagne de Monsieur Su
- Cette maison de campagne se trouve dans un lieu retiré,
- Et lorsqu’on y arrive, on se sent un cœur d’ermite.
- Les Monts du Sud font face aux fenêtres,
- La rivière Feng projette ses reflets sur les arbres.
- La maison est encore couverte des neiges de l’hiver,
- Et la cour s’assombrit avant même le crépuscule.
- Dans cet endroit vide et au-delà du monde des hommes,
- Assis sans rien faire, j’écoute les oiseaux du printemps.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
蘇氏別業 ♦ (一作閑坐聽春禽, 一作遊蘇氏別業, 一作薊門別業)
- 別業居幽處 ♦ 居 (一作在) / 別業 = 別墅 villa de campagne / 幽處 (allusion à l’érémitisme)
- 到來生隱心
- 南山當户牖 ♦ 南山 les monts Zhongnan 終南山 (dans l’actuel Shǎnxī) / 户 porte / 牖 (yǒu) fenêtre
- 灃水映園林 ♦ 灃水 la Fēng (dans l’actuel Shǎnxī)
- 屋覆經冬雪 ♦ 屋 (一作竹)
- 庭昏未夕陰 ♦ 未夕 (malgré le fait que) ce n’est pas encore le soir
- 寥寥人境外 ♦ 寥寥 (liáoliáo) vide, désert / 人境 monde des hommes, société
- 閒坐聽春禽
Commentaire
- Ce huitain régulier pentasyllabique est le seul poème (avec le beaucoup plus célèbre « Pavillon de la Grue jaune » de Cui Hao) à figurer dans quatre des anthologies poétiques datant de la dynastie Tang qui nous sont parvenues. Il figure dans plusieurs autres anthologies de l’époque impériale. En revanche, il n’a pas été repris dans les Trois cents poèmes des Tang, et il ne figure pas non plus dans les principales anthologies de la RPC – en particulier, on ne le trouve pas dans le très influent Dictionnaire d’appréciation de la poésie Tang. Zu Yong n’est certes pas un poète « majeur », en tout cas en termes quantitatifs, puisque moins d’une quarantaine de ses poèmes nous sont parvenus. Cela étant, deux de ses poèmes figurent dans les Trois Cents poèmes des Tang, et le relatif oubli dans lequel est tombé « La Maison de campagne de Monsieur Su » est donc d’autant plus frappant.
- Il s’agit d’un poème de réclusion ou d’érémitisme. Le premier couplet évoque l’arrivée du poète dans l’ermitage de Monsieur Su ; les deux distiques suivants, parallèles, décrivent le paysage, et le couplet final revient au poète qui jouit de la tranquillité du lieu ; on peut aussi dire que les deux premiers vers marquent l’entrée dans la retraite, et que les vers suivants la concrétisent à travers la description du paysage.
- Au v. 2, l’expression sheng yin xin 生隱心, littéralement « faire naître un cœur d’ermite », dont ce poème paraît la première occurrence dans la poésie chinoise, résume bien l’inspiration d’une bonne partie des poèmes d’ « ermites » ou de retraite, si importants en Chine ancienne. Ces trois caractères représentent le cœur, ou l’ossature (gu 骨) du poème ; le caractère yin 隱, « ermite », renvoie au caractère you 幽, « retiré » du vers précédent, ce de manière d’autant plus évidente que les deux mots occupent la même place dans leurs vers respectifs, et se répondent donc comme en écho. Les expressions ren jing wai 人境外, « au-delà du monde des hommes » et xian zuo 閒坐, « assis sans rien faire », dans le dernier distique, sont aussi des caractérisations courantes de la retraite par rapport à la carrière officielle.
- Le v. 8 est le seul vers « bruyant » : il évoque explicitement le printemps, saison beaucoup moins tranquille évidemment que l’hiver.
- À noter que ce poème rime, encore en prononciation moderne, aux vers pairs (xin, lin, yin,qin), comme l’exigent les règles du poème régulier.
- Le relatif oubli dans lequel ce poème est tombé est difficile à expliquer. Faut-il invoquer la médiocre qualité de la pièce ? Stephen Owen (The Great Age of Chinese Poetry, p. 56), qui a le mérite d’avoir été l’un des seuls spécialistes occidentaux à s’y intéresser, porte un jugement relativement sévère sur ce poème, qu’il compare défavorablement à des poèmes proches de Wang Wei. Ce jugement paraît cependant discutable étant donné la reconnaissance dont cette pièce a bénéficié sous les Tang, et plus généralement en Chine ancienne ; et des poèmes bien plus médiocres ont été « sauvés » par la tradition et sont régulièrement repris dans les anthologies contemporaines de la poésie Tang.
- Les deux distiques centraux (v. 3-4, 5-6), en particulier, ont fait l’objet de commentaires élogieux en Chine ancienne ; le sixième vers paraît particulièrement réussi, en suggérant de façon détournée l’espace très encaissé où se trouve la maison. De façon générale, ce huitain rend de façon subtile le moment du passage entre l’hiver et le printemps, entre neige et chant des oiseaux, entre obscurité et lumière. Les mots jing dong 經冬, « passer l’hiver » et wei xi 未夕, « ce n’est pas encore le crépuscule » renvoient délicatement à cette dimension de transition : ce n’est plus tout à fait l’hiver, mais le printemps s’annonce à peine ; il fait encore jour, mais le crépuscule es déjà là.
- Le point de vue est plutôt étroit : la maison et le paysage sont suggérés par des plans rapprochés – les montagnes à travers les fenêtres, les reflets de la rivière sur les arbres, la neige sur le toit et la cour obscure. Il ne s’agit pas d’un point de vue de peintre qui embrasserait l’ensemble de la scène, mais du visiteur qui saisit, au gré de sa déambulation, des parties du paysage, mais qui suffisent à rendre compte du principal, soit la qualité de la retraite. Comme le disait le penseur Wang Fuzhi 王夫之, le poème « transmet à partir des détails du paysage l’esprit du paysage dans son ensemble ».
- Le rapprochement avec Wang Wei, que Zu Yong connaissait bien, paraît évident ; on aurait aussi pu invoquer Meng Haoran. Zu Yong appartient au même univers que ces deux poètes bien mieux connus que lui, soit celui du début de la période des grands Tang.
Thèmes
Attributs
- Année de composition : ??
- Forme : lüshi 律詩
- Vers : 8
- Pieds : 5
- Thème : érémitisme
- Lieu : (Shaanxi) Zhongnanshan (Chang’an)
- Esthétique : 2
- Mode : heureux
Anthologies : 8/29
- Gxj(T), Hyylj(T), Jxj(T), Yxj(T), Qianjia(Q), Biecai(Q), Juyao(R), Yiduo(R)
- Trad. OwenGreat 56
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E8%8B%8F%E6%B0%8F%E5%88%AB%E4%B8%9A/10940383