Catégorie BLüshi

岑參: 寄左省杜拾遺

  1. 聯步趨丹陛
  2. 分曹限紫微
  3. 曉隨天仗入
  4. 暮惹御香歸
  5. 白髮悲花落
  6. 青雲羨鳥飛
  7. 聖朝無闕事
  8. 自覺諫書稀

Cen Shen (Cen Can, 715-770) : « À Du Fu, censeur des oublis au bureau de gauche »

  1. D’un même pas nous gravissons les marches pourpres,
  2. Puis gagnons chacun nos bureaux de part et d’autre de la salle étoilée.
  3. Le matin nous entrons au palais, escortés par les gardes impériaux,
  4. Le soir nous nous en retournons, imprégnés des encens de cour.
  5. Tristes au spectacle des fleurs qui tombent sous nos têtes blanchies
  6. Jaloux des oiseaux qui s’envolent dans les nuées azurées
  7. Un empereur aussi saint ne commet pas la moindre faute,
  8. Et bien sûr nos lettres de remontrance deviennent rares. (traduction provisoire)

Notes textuelles

岑參 ♦ Cen Shen (715-770) 寄左省杜拾遺 ♦ 左省 (shěng) = 門下省 chancellerie (organe de conseil et d’évaluation du gouvernement) / 拾遺 (shíyí) censeur des oublis (poste de Du Fu)

  1. 聯步趨丹陛 ♦ 聯步 avancer ensemble (= 小跑, marque de respect; ritualisme robotique) / 趨 () / 丹陛 (dānbì) escalier cinabre (du palais impérial : métonymie pour le palais impérial)
  2. 分曹限紫微 ♦ 曹 (cáo) office, bureau / 分曹 bureaux séparés (ils travaillent de part et d’autre du palais des audiences, Du Fu à gauche, Cen Shen à droite comme 右补阙) / 限 séparer / 紫微 (zǐwēi) constellation (représentant le palais où se tient l’empereur)
  3. 曉隨天仗入 ♦ 曉, 暮 (suggèrent la régularité monotone) / 隨 (suí) / 天仗 (一作天使) garde impériale (Nous entrons à l’aube suivant la garde impériale)
  4. 暮惹御香歸 ♦ 暮 () le soir / 惹 () (ici) être imprégné de / 御香 (yùxiāng) encens du palais (pendant les audiences impériales; c’est la seule chose qu’ils ont retirée de la journée)
  5. 白髮悲花落 ♦ 髮 () cheveux / 悲 (il s’agit du coeur du poème) / 花落 (au printemps, marquant les années qui passent)
  6. 青雲羨鳥飛 ♦ 羨 () envier / 羨鳥飛 (pourrait être une allusion aux flatteurs ou aux eunuques qui connaissent plus de succès à la cour)
  7. 聖朝無闕事 ♦ 闕事 (què) fautes
  8. 自覺諫書稀 ♦ 諫 (jiàn) remontrance (envers l’Empereur ou un supérieur) / 自 naturellement

Commentaire

  • Ce poème est un huitain pentasyllabique régulier (ba yan lüshi). Il n’a pas été retenu dans les sources Tang, peut-être en raison de son ton sarcastique. Il figure en revanche dans les Trois cents poèmes Tang, et est régulièrement repris dans les anthologies chinoises contemporaines.
  • Le poète a été nommé à un poste de censeur en 757, grâce à l’aide de Du Fu. En 757, Du Fu et Cen Shen ont tous les deux un poste proche à la cour (provisoirement installée à Fengxiang), le premier comme “censeur des oublis de gauche” (zuo shiyi), un poste rattaché à la chancellerie impériale (men xia sheng); le second comme “remontreur des manquements de droite”, un poste rattaché au secrétariat impérial (zhongshu sheng). Les deux postes impliquent des tâches de surveillance et de remontrance, le premier envers les fonctionnaires, le second parfois envers l’empereur lui-même. Ici, le poète les met sur le même plan — dans les faits, les deux départements sont rivaux, et peu à peu, le Secrétariat supplante la Chancellerie, qui est vidée de sa substance.
  • Sous couvert d’éloge à l’Empereur Suzong, le poète se désole de l’inutilité de son poste : censeurs et remontreurs n’ont rien à redire à la politique sans faute de la cour. Bien entendu, cet éloge ne doit pas être pris à la lettre : l’époque est très difficile, et les critiques que Du Fu adresse à la cour lui valent des ennuis. Le poème est donc une critique contre le souverain, qui ne fait pas de cas des remontrances que ses sujets les plus fidèles lui adressent.
  • Ce poème n’a guère intéressé les traducteurs occidentaux, ce qui est regrettable, parce qu’il s’agit d’un pièce remarquable, non seulement en raison de sa dimension critique, mais aussi de la façon dont le poète décrit le cérémonial de la cour. Aux v. 1-2, le parallélisme des vers met en évidence le solennel de la montée des marches, avant que les deux amis ne se séparent, l’un à droite, l’autre à gauche, pour gagner leurs bureaux respectifs. Dans les deux vers suivants, la solennité de la fonction est également soulignée par le parallélisme : à la pompe impériale qui ouvre la matinée à la cour (v. 3) répond le parfum des encens qui suit les fonctionnaires jusque chez eux (au v. 4).
  • Dans les deux premiers couplets, le poète excelle donc à mobiliser les contraintes du poème régulier pour faire sentir la majesté, mais aussi le poids du cérémonial sur les lettrés qui y sont quotidiennement confrontés. Face à ce formidable apparat, il est d’autant plus difficile de garder et d’exercer son sens critique contre la politique de l’Empereur.

Thèmes

Attributs

  • Poète : Cen Shen 岑參 (715-770, fl. 744, ST)
  • Titre : « À Du Fu, censeur des oublis au bureau de gauche » 寄左省杜拾遺
  • Année de composition : 757
  • Forme : qi yan lüshi 五言律詩
  • Thème : lettrés-fonctionnaires (loyauté), administration
  • Lieu : (Shǎnxi) Fengxiang
  • Esthétique : 1
  • Mode : critique

Anthologies : 8/29

  • Qianjia(Q), Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Cidian(P), Xianggang(P), Quan(P)
  • Trad. Bynner

Lien externe