Catégorie B ♦ Gushi ♦ TSSBS
岑參 : 與高適薛據登慈恩寺浮圖
- 塔勢如湧出
- 孤高聳天宮
- 登臨出世界
- 磴道盤虛空
- 突兀壓神州
- 崢嶸如鬼工
- 四角礙白日
- 七層摩蒼穹
- 下窺指高鳥
- 俯聽聞驚風
- 連山若波濤
- 奔湊似朝東
- 青槐夾馳道
- 宮館何玲瓏
- 秋色從西來
- 蒼然滿關中
- 五陵北原上
- 萬古青濛濛
- 淨理了可悟
- 勝因夙所宗
- 誓將挂冠去
- 覺道資無窮
Cen Shen (715?-770) : « Gravissant avec Gao Shi et Xue Ju la pagode du temple Ci’en »
- La puissance de la pagode paraît jaillir,
- Elle s’élève, solitaire, jusqu’aux palais célestes.
- La gravir, c’est quitter le monde des hommes,
- Et ses marches de pierre s’enroulent sur le vide.
- Elle est si haute qu’elle écrase le Domaine des esprits,
- Elle est si imposante qu’on dirait la construction de démons.
- Ses quatre côtés masquent le blanc soleil,
- Son septième étage touche au bleu firmament.
- On regarde en bas pour pointer les plus hauts oiseaux
- On se penche pour entendre les vents les plus violents.
- Les chaînes de montagnes ressemblent à des vagues
- Qui se précipitent et se rejoignent à l’est.
- De verts sophoras serrent la route impériale,
- Bordée de ses délicats et brillants palais.
- Les teintes de l’automne arrivent de l’ouest
- Et envahissent l’intérieur des passes.
- Les cinq tombes sur la plaine au nord
- Sont prises dans des brumes séculaires.
- C’est ici qu’on comprend complètement la Vérité pure
- C’est ici qu’on respecte depuis toujours le bon kharma.
- Je fais le serment de raccrocher mon bonnet de fonctionnaire,
- De me consacrer à la Voie et à ce qui n’a pas de limite.
Notes textuelles
與高適薛據登慈恩寺浮圖 ♦ 高適 Gāo Shì / 薛據 (Xuē Jù) / 慈恩寺 Temple Cí’ēn (à Chang’an) / 浮圖 (fútú) = 佛陀 Bouddha (transcription du sanskrit) ; (ici) pagode / 慈恩寺浮圖 pagode du Temple (nommée plus tard « Da yan ta » 大雁塔 : Grande pagode des Oies sauvages, construite en 652 à Chang’an)
- 塔勢如湧出 ♦ 湧出 (yǒng) jaillissement
- 孤高聳天宮 ♦ 高聳 (sǒng) se dresser haut / 天宮 palais céleste, (ici) ciel
- 登臨出世界 ♦ 出世界 on est plus haut que le monde
- 磴道盤虛空 ♦ 磴 (dèng) marche de pierre / 盤 s’enrouler autour
- 突兀壓神州 ♦ 突兀 (túwù) élevé et escarpé / 壓 (yā) presser, dominer / 神州 domaine des esprits, pays divin, c’est-à-dire la Chine ; capitale et banlieue
- 崢嶸如鬼工 ♦ 崢嶸 (zhēngróng) très haut / 鬼工 habileté prodigieuse / 如鬼工 comme si elle avait bâtie par des dieux
- 四角礙白日 ♦ 四角 quatre côtés / 礙 (ài) faire obstacle, masquer
- 七層摩蒼穹 ♦ 七層 sept étages (de la pagode) / 摩 (mó) toucher / 蒼穹 (cāngqióng) firmament, voûte du ciel
- 下窺指高鳥 ♦ 指 pointer, compter
- 俯聽聞驚風 ♦ 俯 (fǔ) se pencher vers le bas / 驚風 (jīng) vent violent
- 連山若波濤 ♦ 波濤 (bōtāo) grosses vagues
- 奔湊如朝東 ♦ 奔 (bēn) courir / 湊 (còu) converger / 奔湊 converger, se réunir / 如朝東 vers l’est
- 青槐夾馳道 ♦ 槐 (huái) sophora / 夾 (jiā) enserrer / 馳道 grand-route impériale
- 宮館何玲瓏 ♦ 宮館 (guǎn) palais / 玲瓏 (línglóng) (constructions) délicates, exquises
- 秋色從西來 ♦
- 蒼然滿關中 ♦ 蒼然 (cāng) vaste / 關中 (région centrale du Shaanxi)
- 五陵北原上 ♦ 五陵 les Cinq tombeaux (de cinq des empereurs des Han occidentaux)
- 萬古青濛濛 ♦ 青 vert / 濛濛 (méng) brumeux
- 淨理了可悟 ♦ 淨理 (jìnglǐ) voie bouddhiste / 了 (liǎo) complètement / 了可悟 (wù) comprendre complètement
- 勝因夙所宗 ♦ 勝因 bonne cause, bon kharma (bouddhisme) / 夙 (sù) depuis toujours / 夙所宗 est révéré depuis toujours
- 誓將挂冠去 ♦ 誓 (shì) faire le serment de / 挂冠 (guàguān) démissionner
- 覺道資無窮 ♦ 覺道 éveil / 資 (zī) accumuler
Commentaire
- Ce poème pentasyllabique à l’ancienne figure dans les Trois cents poèmes des Tang.
- Il s’agit d’un poème de circonstance. En 752, Cen Shen et ses amis Gao Shi et Xue Ju (mentionnés dans le titre), mais aussi Du Fu et Chu Guangxi, gravissent la Pagode du temple Ci’en, qui se trouvait à l’extérieur de la capitale, Chang’an. Gao Shi compose un poème sur cette ascension, et les autres y répondent chacun par un poème (he 和).
- On peut diviser le poème de Cen Shen en trois parties : les v. 1-10 évoquent la prodigieuse hauteur de la pagode ; les v. 11-18 décrivent le paysage qu’on voit depuis le sommet ; les v. 19-22 évoquent la détermination du poète à embrasser le bouddhisme.
- Les. v. 3-4 peuvent sans doute s’interpréter dans une perspective bouddhiste : monter sur la pagode, c’est quitter les poussières du monde et s’approprier le « vide » qu’elle domine.
- Aux v. 11-18, chaque distique décrit le paysage dans l’une des quatre directions : les montagnes à l’est (v. 11-12), les routes et palais au sud (le sud est implicite, v. 13-14), les couleurs de l’automne à l’ouest (v. 15-16), les tombes au nord (v. 17-18). Le paysage est chargé de sentiments. Les v. 15-16 ont parfois été interprétés dans un sens funeste : l’automne qui envahit la capitale symboliserait les grandes catastrophes à venir. Dans le même sens, les tombes évoquées aux v. 17-18 renvoient peut-être à la finitude de la vie humaine et des dynasties : malgré leur pouvoir et leurs hauts faits, les souverains Han ne sont plus, et leur empire est tombé depuis longtemps.
- Certains commentateurs anciens n’ont pas compris le rapport entre les deux premières parties du poème et l’engagement bouddhiste des quatre vers de la conclusion, voire ont trouvé la conclusion faible. De son côté, Stephen Owen loue la première partie du poème, mais considère que “the last half consists of the worst banalities of temple-visiting and pagoda-climbing poems”. Ces jugements paraissent sévères : comme nous venons de le suggérer, les quatre distiques des v. 11-18 transforment d’une façon habile le sens de l’ascension : la grandeur de la pagode et l’immense paysage ne sont que des illusions (on notera le vocabulaire du « flou » dans le poème) qui renvoient à la tristesse et à la fatalité de l’expérience humaine, et valident par contraste les leçons du bouddhisme.
- La tonalité du poème paraît donc évoluer au fil des vers : le poète se montre d’abord exalté devant l’impressionnante pagode, puis il est gagné par la tristesse et le pessimisme (v. 15-18), et il finit en s’exhortant à embrasser la sagesse bouddhiste.
Thèmes
- Bouddhisme
- Ascension (bâtiment)
- Architecture
- Paysage (spectacle)
- Paysage (émotions)
- Palais
- Ville ou capitale
- Automne
- Funérailles et tombes
Attributs
- Poète : Cen Shen 岑參 (715?-770, fl. 744, ST)
- Titre : « Yu Gao Shi Xue Ju deng Ci’en si futu »
- Année de composition : 752
- Forme : wu yan gushi 五言古詩
- Thème : bouddhisme
- Lieu : (Shǎnxi) Chang’an
- Esthétique : 1
- Mode : exhortatif, laudatif
Anthologies : 8/29
- Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Gushi(P), Quan(P), Pingjian(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 4 anthologies RPC
- Tr. Splendor 146, OwenGreat 178
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E8%88%87%E9%AB%98%E9%81%A9%E8%96%9B%E6%93%9A%E7%99%BB%E6%85%88%E6%81%A9%E5%AF%BA%E6%B5%AE%E5%9C%96/6960488