Catégorie B ♦ Jueju ♦ TSSBS
張祜 : 贈內人
- 禁門宮樹月痕過
- 媚眼惟看宿鷺窠
- 斜拔玉釵燈影畔
- 剔開紅焰救飛蛾
Zhang Hu (792?-853?) : « Offert à une concubine »
- Derrière l’arbre du palais interdit passe la balafre de la lune,
- Ses beaux yeux ne voient rien d’autre qu’un nid de hérons rentrés pour la nuit.
- Dans l’ombre de la bougie elle se penche pour attraper l’épingle de jade
- Et repousse la flamme rouge pour sauver un papillon de nuit.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
贈內人 ♦ 贈 offrir (un poème) / 內人 femme du palais intérieur, épouse, concubine
- 禁門宮樹月痕過 ♦ 禁門 portes interdites, portes du palais / 月痕 (litt., cicatrice de la lune) éclat de la lune
- 媚眼惟看宿鷺窠 ♦ 媚 (mèi) beau, charmant / 宿 passer la nuit / 鷺 (lù ) héron / 窠 (kē) nid
- 斜拔玉釵燈影畔 ♦ 斜 incliné, de côté / 拔 (bá) tirer, arracher / 釵 (chāi) épingle à cheveux / 畔 (pàn) bord
- 剔開紅焰救飛蛾 ♦ 剔 (tī) écarter / 焰 (yàn) flamme, mèche / 蛾 (é) papillon de nuit
Commentaire
- Ce quatrain régulier heptasyllabique figure dans les Trois cents poèmes des Tang.
- Il s’agit d’un « poème de lamentation de palais » (gongyuan shi 宮怨詩), qui comme les autres poèmes de ce genre met en scène une concubine impériale qui se désole de sa condition. Cette nuit en tout cas, elle ne recevra pas la visite de l’Empereur, et elle restera seule.
- Le mot neiren 內人 du titre, qu’on a traduit par « concubine », signifie littéralement « la personne de l’intérieur », c’est-à-dire du Palais intérieur (neigong 内宮, neiting 内廷), ou « grand intérieur » (danei 大内), soit les appartements où étaient enfermées les épouses et les concubines, et qui étaient coupés du monde extérieur : elles ne pouvaient en sortir, et aucun autre homme que l’Empereur n’avait le droit d’y entrer (à l’exception des eunuques).
- Les « poèmes de lamentation de palais » sont généralement l’œuvre de poètes hommes, ce qui est paradoxal, puisqu’ils n’ont donc pas accès aux femmes du palais dont ils évoquent le triste sort. Dans ce poème comme dans d’autres du genre, le poète ne peut être le spectateur de la scène qu’il décrit – au mieux, il l’imagine. De fait, on sait que ce type de poèmes était moins une expression de compassion pour des concubines qu’une façon détournée pour les lettrés de se plaindre de leur propre sort, eux-mêmes étant également victimes des caprices de l’Empereur : ils étaient eux aussi ignorés, punis, voire exilés. Ces poèmes ont donc souvent un double sens.
- Au v. 1, le passage de la lune suggère l’avancée du temps : les heures sont longues pour la concubine.
- Au v. 2, la concubine envie le sort des hérons : contrairement à elle-même, ils ne sont pas enfermés, et ils ont leur chez-soi.
- L’épingle de jade, au v. 3, indique la richesse de la toilette de la concubine ; elle vit dans une prison dorée, mais c’est quand même une prison.
- Ni les beaux yeux de la femme, ni sa parure n’ont pas suffi à lui attirer (ou lui garder) les faveurs de l’Empereur, et puisqu’il ne viendra pas l’honorer de sa visite, elle peut détourner l’épingle de son usage initial pour venir au secours du papillon de nuit pris au piège (v. 4). Cet insecte a plus de chance qu’elle-même, qui ne peut compter sur la compassion de personne pour la soustraire à son supplice.
- Notons la lumière, joliment décrite, aux v. 3-4.
Thèmes
Attributs
- Zhang Hu 張祜 (792?-853?, fl. 820?, WT)
- Titre : « Zeng neiren » 贈內人
- Année de composition : ??
- Forme : qi yan gushi 七言古詩
- Thème : lamentation de gynécée
- Lieu : -
- Esthétique : 2
- Mode : triste
Anthologies : 6/29
- Sanbai(Q), Yiduo(R), Gushi(P), Cidian(P), Xianggang(P), Quan(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 4 anthologies RPC
- Tr. Splendor 227, Hu-Sterk 473
Liens externes
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E8%B5%A0%E5%86%85%E4%BA%BA