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張繼 : 楓橋夜泊

  1. 月落烏啼霜滿天
  2. 江楓漁火對愁眠
  3. 姑蘇城外寒山寺
  4. 夜半鐘聲到客船

Zhang Ji (fl. 753) : De nuit, amarré au Pont des Érables

  1. La lune se couche, les corbeaux crient, le givre glace le ciel.
  2. Face au dormeur en peine, les feux des pêcheurs sous les érables du Fleuve.
  3. Du monastère de Hanshan au-delà des murailles de Suzhou,
  4. Le son de la cloche de minuit porte jusqu’à mon bateau.
    (traduction provisoire)

Traduction mot à mot

  • 月落烏啼霜滿天
    • yue luo wu ti shuang man tian
    • lune – tomber – corbeaux – crier – givre – remplir – ciel
  • 江楓漁火對愁眠
    • jiang feng yu huo dui chou mian
    • fleuve – érables – pécheurs – feux – être face à – peine, chagrin – dormir, sommeil
  • 姑蘇城外寒山寺
    • Gusu cheng wai han shan si
    • (Suzhou) – ville – dehors, hors de – froid – montagne – temple
  • 夜半鐘聲到客船
    • ye ban zhong sheng dao ke chuan
    • nuit – milieu – cloche – son, bruit – arriver à, parvenir – voyageur, hôte – bateau

Notes textuelles

楓橋夜泊 ♦ (一作夜泊松江) / 楓 (fēng) érable / 楓橋 (dans le Jiangsu, près de Suzhou) / 泊 () jeter l’ancre (pour la nuit)

  1. 月落烏啼霜滿天 ♦ 烏啼 (wūtí) cris de corbeaux (ou: nom de lieu)
  2. 江楓漁火對愁眠 ♦ 漁火 () feux sur les bateaux de pêcheurs / 對 en face (des érables et des feux de pêcheurs) / 愁眠 (chóumián) s’endormir inquiet
  3. 姑蘇城外寒山寺 ♦ 姑蘇 (gūsū) (= Suzhou) / 寒山寺 (nom d’un temple près de Suzhou)
  4. 夜半鐘聲到客船 ♦ 鐘 (zhōng) cloche (de monastère) / 客船 bateau de voyageur (du poète)

Commentaire

  • Ce quatrain régulier heptasyllabique est l’un des plus célèbres de la poésie de la dynastie Tang. Déjà bien connu à l’époque (il figure déjà dans une anthologie compilée en 779), il a été repris par plusieurs anthologies anciennes, dont les Trois cents poèmes des Tang, et il est abondamment cité à l’époque contemporaine ; il est bien présent dans les manuels de poèmes que les enfants doivent apprendre par coeur aujourd’hui en Chine. Il figure au 12e rang du Palmarès de Wang Zhaopeng.
  • Le Pont des Érables se trouve près de l’actuelle ville de Suzhou (« Gusu » dans le poème), dans l’actuel Jiangsu, au bord de divers canaux et affluents du bassin du bas Yang-tsé, ainsi que du lac Taihu. Il s’agit d’un poème de voyage, composé par Zhang Ji lorsqu’il passe près de Suzhou alors que, comme tant d’autres lettrés de l’époque, il cherche un refuge dans le Sud suite à la Rébellion de An Lushan (qui a éclaté en 755). Le ton triste du quatrain et le sommeil inquiet du poète renvoient évidemment à ce funeste événement.
  • Au v. 1, la lune baisse sur l’horizon, avec un changement de lumière qui effraie les corbeaux, d’où leur cri ; à noter que la lune qui, en se levant ou se couchant, effraie les oiseaux est un topos. Les « corbeaux qui crient » pourraient aussi être le nom d’un quartier de la ville. De nombreux commentateurs soulignent la force de l’image du givre « qui glace le ciel » (shuang man tian 霜滿天, littéralement, « qui remplit le ciel »), le givre se déposant sans doute sur les feuilles des arbres qui surplombent le Fleuve, d’où cette impression. Dans ce vers, le poète mobilise plusieurs sens : il voit la lune, il entend les corbeaux, il voit et sent le givre, c’est-à-dire le froid glacial de son environnement. Le point de vue est vertical : le poète regarde de bas en haut, vers le ciel et les arbres.
  • Au v. 2, le point de vue est horizontal : le poète voit, face à lui, les bords du Fleuve avec les feux des pêcheurs. Le caractère chou 愁, « triste », « tourmenté », résume le poème ; c’est la seule allusion directe à l’état d’esprit du poète en cette période troublée. Ce vers est sombre : le poète dort (ou ne dort pas) d’un sommeil chargé, face à la rive où brillent, sous la silhouette des arbres, quelques points lumineux correspondant aux feux des pêcheurs. Le fait de voir les feux des pêcheurs accentue sans doute, par contraste, sa solitude. La construction dui chou mian 對愁眠 est à peine grammaticale, à tel point que certains commentaires ont proposé des corrections pour rendre la proposition syntaxiquement mieux acceptable. Nous avons traduit par : « Face au dormeur tourmenté… », en prenant le caractère dui 對 dans son sens de « face à » ; mais la construction pourrait suggérer une lecture plus forte, avec dui signifiant « correspondre », ou « répondre à », le vers devenant : « Les érables du fleuve et les feux des pêcheurs correspondent à la peine du dormeur », c’est-à-dire que les arbres et les feux répondent à la tristesse du poète, voire la renforcent.
  • Si les deux premiers vers accumulent les éléments du paysage, ce n’est pas le cas des deux derniers vers, qui rapportent simplement le son du temple de la Montagne froide. Cela s’explique par le fait que le poète s’est couché et ne voit donc plus l’environnement qui l’entoure – en revanche il peut encore entendre le bruit de la cloche. Mais cela met en évidence cette sensation par rapport aux autres ; et bien entendu, le fait que le poète entende la cloche suggère qu’il ne dort pas à cette heure avancée de la nuit.
  • La cloche est celle d’un ancien monastère, et son son est donc chargé du prestige séculaire de celui-ci. Elle « ouvre » virtuellement l’horizon du poème, qui ne se réduit plus au bord du Fleuve, en direction de la ville et de son monastère.
  • De nombreux lettrés, dont le célèbre Ouyang Xiu, critiquèrent le dernier vers, en disant que les monastères ne sonnaient pas les cloches pendant la nuit ; il s’agirait donc d’une invention du poète. Mais outre qu’un tel jugement sur le réalisme d’un poème paraît un peu sommaire, en réalité, d’après des témoignages de l’époque, plusieurs monastères de la région faisaient sonner leurs cloches entre la troisième et la quatrième veille de la nuit, soit à une heure du matin, et donc le poète n’invente rien.
  • Le monastère de la Montagne froide désigne peut-être un temple précis, mais certains commentateurs jugent qu’il s’agit d’une allusion vague aux temples des environs (« les temples des montagnes glacées »). S’il s’agit du nom d’un temple en particulier, il pourrait tirer son nom de celui du moine-poète Hanshan 寒山 (« Montagne froide »), qui y aurait vécu ; cette référence possible à Hanshan a peut-être joué un rôle dans la fortune de ce poème.
  • En tout cas, plusieurs stèles avec le texte du poème furent érigées dans un monastère qui porte aujourd’hui ce nom ; selon une tradition, l’une de ces stèles aurait été commandée par l’Empereur Wuzong des Tang, qui l’aurait fait installer avec une promesse de malédiction contre toute personne qui la profanerait.
  • Ce poème paraît avoir eu une influence sur l’histoire de Suzhou. Il lança en effet une vogue de voyages dans la région, en particulier à l’époque Song. Il contribua énormément à la réputation du Pont des Érables et du Monastère de la Montagne froide ; il n’est d’ailleurs pas impossible que ces noms leur aient été donnés, sous leur forme actuelle, suite à la fortune de ce poème — selon l’expression consacrée, « le paysage a tiré son nom du poème » (景因詩名 jing yin shi ming).
  • Le poète Hanshan était particulièrement révéré au Japon, et peut-être pour cette raison, le poème de Zhang Ji fait partie des poèmes chinois les plus connus dans ce pays – d’après un lettré, il y serait connu « même des enfants » (其国三尺之童,无不能诵是诗者). Ce succès ne va d’ailleurs pas sans étonner étant donné la quantité de quatrains de paysage produits sous les Tang ; comme le dit un commentateur, « ce n’est pas que le poème ne soit pas bon, mais ce qui étonne c’est qu’avec la multitude de quatrains réguliers composés sous les Tang, ce soit le seul à s’être propagé de la sorte au Japon, à tel point qu’il y est récité par les femmes et les enfants… Qu’un poème se transmette ou ne se transmette pas, c’est aussi une question de chance ! » (Yu Biyun, 1868-1950).
  • Nombre de commentateurs jugent que ce poème aurait été composé par Zhang Ji en automne devant le spectacle des érables parés de rouge ; et les peintures qui illustrent ce poème sont fréquemment chargées de rouge. Notons cependant que le mot feng 楓, même s’il est communément traduit par « érable », pourrait désigner d’autres arbres. Il existe des poèmes Tang qui font référence à la couleur rouge des feuilles de cet arbre en automne – à commencer par la magnifique Promenade en montagne de Du Mu ; mais cet arbre paraît tout aussi fréquemment associé au vert, et parfois à un vert plutôt sombre (qing 青). Du Fu, par exemple, évoque dans un poème une « forêt d’érables (?) sombres » (où errerait l’âme de son ami Li Bai : hun lai feng lin qing 魂來楓林青, cf. Du Fu, Meng Li Bai 1). En tout cas, dans le poème de Zhang Ji dont nous discutons ici, il n’est fait aucune référence à la couleur rouge du feuillage, qui de toute façon apparaîtrait mal étant donné que le poète décrit un spectacle nocturne ; et le froid de la saison pourrait aussi bien être celui de l’hiver que celui de l’automne.

Thèmes

Attributs

  • Année de composition: 756
  • Forme: jueju 絕句
  • Vers : 4
  • Pieds : 7
  • Thème: paysage (émotions)
  • Lieu : (Jiangsu) Suzhou
  • Esthétique : 2
  • Mode: triste

Anthologies : 20/29

  • Zxjqj(T), Qianjia(Q), Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), XiaoZheng(P), XiaoZhonghua(P), XiaoLiu(P), Paihang(P)
  • Tang / Qing / Rép / RPC
  • Trois cents poèmes des Tang
  • 14 anthologies RPC
  • 4 anthologies scolaires
  • Palmarès (n°12)
  • Trad. Demiéville 297, Hu-Sterk 425

Liens externes