Le Palmarès de la poésie Tang (Tang shi paihang bang 唐诗排行榜)

En 2011 est paru à Pékin un « Palmarès des poèmes Tang » (唐诗排行榜, sous la direction de Wang Zhaopeng 王兆鹏, Zhonghua shuju), qui s’efforçait de mesurer l’influence (yingxiangli) respective des « grands » poèmes de l’époque Tang et de classer les poèmes Tang par ordre d’importance.

Cette entreprise est plus « objective » que la mienne, au sens où les critères de classement sont à la fois plus complets et plus systématiques : alors que je n’ai dépouillé « que » 29 anthologies, les auteurs de ce Palmarès en ont dépouillé 70 ; et en particulier, ils ont dépouillé beaucoup plus d’anthologies anciennes (8 anthologies Tang, 5 anthologies Ming et 11 anthologies Qing). Ils ont par ailleurs comptabilisé les références aux poèmes dans d’autres sources, et ils se sont aussi basés sur les études modernes sur la poésie, les histoires générales de la littérature – avec une pondération très mathématique de ces diverses sources.

L’entreprise de Wang Zhaopeng a suscité des critiques, sans doute en raison de sa dimension de « classement ». En réalité, le problème résulte moins de la démarche en tant que telle – essayer d’établir statistiquement quels sont les poèmes chinois les plus influents, que de la présentation des résultats comme un « palmarès », un mot qui suggère un classement des meilleurs poèmes.

Le titre projeté de l’ouvrage était d’ailleurs « Ordonnancement selon une indexation composite de l’influence des poèmes Tang » 唐诗影响力综合指数排序, un titre qui aurait peut-être évité quelques-unes des critiques contre cet ouvrage.

Les 100 poèmes de ce palmarès se retrouvent tous dans mon corpus de 800 poèmes, ce qui n’est guère étonnant, puisque mon principal critère de sélection, la présence dans les anthologies, est également l’un des principes directeurs du Palmarès. Le premier poème du Palmarès, le célèbre « Montée au Pavillon des grues » de Cui Hao, est aussi le poème le plus cité dans mon corpus d’anthologies ; 70 des 100 poèmes du Palmarès se retrouvent d’ailleurs dans les 100 poèmes les plus cités de mon corpus d’anthologies. Cette convergence ne valide certainement pas l’objectivité de mon corpus, mais du moins montre qu’il n’est pas complètement subjectif.

Les poètes les plus présents dans le Palmarès sont aussi ceux des poètes les plus représentés dans mon corpus, mais avec des différences dans l’ordre et les proportions ; Li Bai, Wei Yingwu et Bai Juyi sont proportionnellement beaucoup plus représentés dans mon corpus que dans le Palmarès de Wang Zhaopeng ; Liu Changqing est absent du Palmarès, mais bien présent dans mon corpus; à l’inverse, Wang Wei est mieux représenté dans le Palmarès que dans mon corpus.

Autre différence, la dispersion est beaucoup plus importante dans mon corpus que dans le Palmarès : dans ce dernier, les « grands » poètes représentent 75% du total, alors qu’ils représentent à peine plus que la moitié des poèmes dans mon corpus.

Si ce Palmarès peut prétendre à une certaine objectivité, il est cependant limité étant donnée le nombre limité de poèmes retenus (100). Avec 800 poèmes, mon corpus paraît mieux représentatif de la variété des thématiques de la poésie Tang.