Catégorie ALüshiTSSBSPalmarès

杜甫 : 登高

  1. 風急天高猿嘯哀
  2. 渚清沙白鳥飛回
  3. 無邊落木蕭蕭下
  4. 不盡長江滾滾來
  5. 萬里悲秋常作客
  6. 百年多病獨登臺
  7. 艱難苦恨繁霜鬢
  8. 潦倒新停濁酒杯

Du Fu (712-770) : Montant haut

  1. Sous le haut ciel, dans le vent furieux, les hurlements plaintifs des singes.
  2. Au-dessus des sables blancs, sur les îlots clairs, le vol virevoltant des oiseaux.
  3. Les feuilles qui partout tombent des arbres sifflent dans le vent.
  4. Le Yang-tsé qui file à l’infini roule ses eaux impétueuses.
  5. À dix mille lieues de chez moi, la tristesse de l’automne : je passe ma vie en voyages.
  6. Depuis cent ans, affligé par tant de maladies : je monte seul sur cette terrasse.
  7. Les difficultés et les rancoeurs se sont accumulées pour blanchir mes tempes,
  8. Et je suis si affaibli que je dois renoncer à mon pauvre alcool.
    (traduction provisoire)

Notes textuelles

登高 ♦ 登高 monter haut (le 9 du 9, coutume de monter sur les montagnes ; le poète se trouve à Kuizhou 夔州, dans la région des Trois Gorges du Yang-tsé, et son ascension lui permet de dominer le paysage et le Fleuve)

  1. 風急天高猿嘯哀 ♦ 嘯 (xiào) siffler, hurler / 猿嘯哀 (désigne les cris des singes dans les gorges du Yang-tsé)
  2. 渚清沙白鳥飛回 ♦ 渚 (zhǔ) îlot / 沙 sable, grève / 回 tournoyer, virevolter (一作迴 jiǒng, loin)
  3. 無邊落木蕭蕭下 ♦ 無邊 sans limite / 落木 les arbres qui perdent leurs feuilles (à l’automne) / 蕭蕭 (xiāo) sifflement du vent dans les arbres
  4. 不盡長江滾滾來 ♦ 不盡 sans fin / 滾滾 (gǔn) impétueux
  5. 萬里悲秋常作客 ♦ 萬里 à dix mille lieues (de chez moi) / 常作客 je suis toujours en voyage
  6. 百年多病獨登臺 ♦ 百年 longtemps, toute la vie, à la fin de la vie
  7. 艱難苦恨繁霜鬢 ♦ 艱難 (jiānnán) difficultés, peines (allusion aux épreuves rencontrées par Du Fu durant sa vie, en particulier la révolte de An Lushan) / 苦恨 regretter amèrement, regrets amers (allusion aux frustrations de Du Fu dans sa carrière de fonctionnaire) / 繁 se muliplier, abondant / 霜鬢 (shuāngbìn) tempes chenues
  8. 潦倒新停濁酒杯 ♦ 潦倒 (liáodǎo) faible, vieux, décati (?) ; frustré, malchanceux (?) / 新停 avoir récemment arrêté de, je viens de renoncer / 濁酒 (zhuó) mauvais vin (le poète a arrêté de boire en raison de la maladie ?)

Commentaire

  • Ce poème est l’un des plus connus de Du Fu. En Chine ancienne, il a été considéré comme l’un des sommets du huitain régulier heptasyllabique (qi lü zhi guan 七律之冠). Il a été repris dans les Trois cents poèmes des Tang et on le retrouve dans de nombreuses anthologies contemporaines. Il figure à la 15e place du Palmarès, et il est souvent au programme des écoles en Chine contemporaine.
  • À l’origine, ce huitain faisait partie d’une série de cinq poèmes, mais il a très vite circulé d’une façon autonome.
  • Dans ce poème, Du Fu fait allusion aux maladies qui l’affligent durant une bonne partie de sa vie. Le poète commence en effet assez tôt à souffrir de problèmes de santé – selon les moments, il est affecté de crises respiratoires (asthme), de fièvres, de toux chronique et de diabète ; à la fin de sa vie, il se plaint de sa mauvaise vue et de sa mauvaise ouïe, et plus généralement, d’une dégradation générale de son état physique. Ces problèmes lui pèsent particulièrement durant ses dernières années : en 765, il quitte Chengdu pour Luoyang, mais il doit interrompre son voyage pour raison de santé, et il séjourne deux ans à Kuizhou 夔州, au bord du Yang-tsé, dans la région des Trois Gorges (actuelle municipalité de Chongqing). Il en repart en mars 768, continuant à descendre le Yang-tsé ; il meurt, toujours en voyage, à Tanzhou 潭州 (près de Changsha dans l’actuel Hunan) à la fin de l’année 770. Ce séjour à Kuizhou est donc pour lui difficile ; mais il est très fécond au plan poétique, et représente l’une des grandes périodes de la poésie de Du Fu – la période de Kuizhou (766-768), durant laquelle il produit quelques-unes de ses plus belles pièces.
  • À noter que dans plusieurs poèmes de cette époque, Du Fu se dit « seul », ou « sans famille et sans amis », ce qui est une exagération ; à Kuizhou, il bénéficie en particulier du soutien du gouverneur de la région.
  • Le poème se divise en deux parties : les deux premiers distiques décrivent le paysage, les deux dernier distiques évoquent l’état d’esprit du poète (qian si ju jing hou se ju qing 前四句景後四句情).
  • Le premier distique a été particulièrement loué par les commentateurs anciens, qui ont en particulier noté les oppositions entre les deux vers, mais aussi à l’intérieur des vers – par exemple « clair » et « blanc » au v. 2. Dans le deuxième distique, le poète souligne deux fois l’infini du paysage : la forêt qui se déroule devant lui « sans limites » (wu bian 無邊) au v. 3, et le fleuve qui coule « sans fin » (bu jin 不盡) au v. 4. Cet infini annonce les « longueurs » du troisième distique, dont il anticipe la mélancolie : le poète se trouve à dix mille lieues de chez lui, et toute sa vie il a souffert de mille maux. Dans le troisième distique, au v. 5, le « triste automne » (bei qiu 悲秋) et le statut d’éternel voyageur (chang zuo ke 常作客) résument la triste condition du poète, que les trois vers qui suivent évoquent d’une façon plus concrète.
  • Au v. 8, l’expression liaodao 潦倒 est difficile. Nous l’avons comprise comme signifiant « faible », « affligé par la maladie », comme la plupart des commentateurs : Du Fu est si malade qu’il ne peut même plus se consoler en buvant. Cette interprétation a l’avantage d’inscrire le v. 8 dans la continuité du v. 7, ce qui correspond à la règle de construction du dernier distique d’un huitain régulier (cf. ci-dessous). Mais on peut aussi prendre liaodao dans le sens (plus courant) de « malchanceux », « frustré », et c’est ce qu’ont fait plusieurs traducteurs.
  • Le style de ce poème est particulièrement éclaté. Plusieurs vers consistent en une succession de mots ou brèves propositions, sans souci d’ordre ou de structure. Le v. 5, que nous avons traduit (maladroitement) par « À dix mille lieues de chez moi, la tristesse de l’automne : je passe ma vie en voyages » est typique : le vers entrechoque trois notations, « dix mille li », « triste automne » et « voyager régulièrement loin de chez soi », qui sont à peine reliées entre elles, et à peine grammaticales. Cette économie de moyens contribue à faire résonner les vers d’une façon percutante. Pour le traducteur, cependant, la tâche est quasiment impossible, comme le montrent deux traductions françaises parmi d’autres : « À mille stades des miens, je pleure sur l’automne, et l’exil me semble éternel » (Tchang Fou-Jouei, in Anthologie de la poésie chinoise classique, p. 204) ; « Sur dix mille lis, dans l’automne triste, encore étranger » (Florence Hu-Sterk, in Anthologie de la poésie chinoise, p. 409).
  • Les quatre distiques de ce poème sont parallèles, une contrainte qui se trouve dans un certain nombre de huitains réguliers de Du Fu, mais qui n’est pas habituelle dans le huitain régulier. Dans le huitain régulier, le parallélisme est en effet obligatoire dans les deux couplets centraux (v. 3-4 et 5-6), et facultatif dans le premier distique (v. 1-2) ; il est est en revanche rare dans le dernier distique, et ce pour une raison structurelle : les deux derniers vers doivent conclure le huitain, ils forment donc un tout (une phrase) et doivent donc « couler comme de l’eau » (liu shui 流水), ce que l’opposition vers à vers, et terme à terme, du parallélisme rend difficilement possible.
  • Le parallélisme dans le dernier distique rend le travail du traducteur difficile, parce qu’il doit concilier la symétrie du parallélisme avec l’enchaînement fluide des deux vers. Si la traduction privilégie le parallélisme, elle court le risque de perdre le lien entre les deux vers, et par ailleurs celui d’une certaine raideur ; cf. par exemple la traduction de Florence Hu-Sterk « Accablé, je regrette amèrement mes cheveux blancs ; / Abattu, je viens de renoncer au vin trouble dans la tasse. » . Nous avons choisi de renoncer au parallélisme dans notre traduction, tout simplement parce qu’il semble quelque peu artificiel dans le poème lui-même : même en tenant compte de la fluidité des catégories grammaticales du chinois classique, ku hen 苦恨, « amers regrets » et xin ting 新停, « récemment arrêter » ne se répondent que très imparfaitement.

Thèmes

Attributs

  • Année de composition : 767
  • Forme : qi yan lüshi 七言律詩
  • Vers : 8
  • Pieds : 7
  • Thème : épreuves
  • Lieu : (Chongqing) Kuizhou
  • Esthétique : 2
  • Mode : triste

Anthologies : 15/29

  • Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), ZhongHu(P), Paihang(P)
  • Trois cents poèmes des Tang
  • 11 anthologies RPC
  • Palmarès (n°15)
  • Trad. Demiéville 284, Splendor 140, Hu-Sterk 409

Lien externe