Catégorie A ♦ Jueju ♦ Palmarès ♦ Scolaire
杜牧 : 山行
- 遠上寒山石徑斜
- 白雲生處有人家
- 停車坐愛楓林晚
- 霜葉紅於二月花
Du Mu (803-852?) : Promenade en montagne
- Le sentier de pierre s’élève loin dans la montagne froide,
- Là où s’élèvent de blanches nuées il y a des maisons.
- J’arrête mon attelage pour admirer les érables dans le couchant:
- Leurs feuilles givrées sont plus rouges que des fleurs de printemps. (traduction provisoire)
Traduction mot à mot
- 遠上寒山石徑斜
- yuan shang han shan shi jing xie
- loin – sur, monter – froid – montagne – pierre – sentier – s’incliner
- 白雲生處有人家
- bai yun sheng chu you ren jia
- blanc – nuages – naître – lieu – il y a – gens – famille, maison
- 停車坐愛楓林晚
- ting che zuo ai feng lin wan
- arrêter – char – pour – apprécier – érables – forêt – soir
- 霜葉紅於二月花
- shuang ye hong yu er yue hua
- givre – feuilles – rouge – plus que (marque du comparatif) – deuxième – mois – fleurs
Notes textuelles
山行 ♦ 行 marche, promenade
- 遠上寒山石徑斜 ♦ 寒山 (la montagne est froide à cause des vapeurs froides de l’automne) / 石徑 (jìng) sentier de pierre / 斜 (xié) s’incliner
- 白雲生處有人家 ♦ 生處 (一作深處) / 白雲生處 (l’image renvoie à la conception selon laquelle les nuages naissent dans les montagnes)
- 停車坐愛楓林晚 ♦ 坐 à cause, pour / 愛 apprécier, jouir de / 楓 (fēng) érable
- 霜葉紅於二月花 ♦ 於 plus que (comparatif) / 二月花 les fleurs du deuxième mois (qui marque l’apogée du printemps)
Commentaire
- Plusieurs des quatrains de Du Mu sont restés très célèbres, et c’est le cas de celui-ci, un quatrain régulier heptasyllabique. Il figure à la 69e place du Palmarèsde Wang Zhaopeng, et il est régulièrement repris dans les anthologies scolaires. Il ne figure cependant pas dans les Trois cents poèmes des Tang. Il s’agit d’un poème de paysage, un genre qui dans la littérature chinoise se développe longtemps avant la découverte du paysage en Occident.
- Ce poème décrit la beauté de l’automne, et il paraît « topique », au sens où le poète s’y met en scène, arrêtant son char pour admirer le paysage. Mais on ne sait pas de quand date cette pièce, et on ne peut exclure qu’il s’agisse d’un oeuvre de circonstance, composée par exemple lors d’un fête entre lettrés sur un thème imposé.
- Comme l’ont noté les commentateurs, ce poème possède une dimension très picturale : on a l’impression de se trouver devant un paysage, mais aussi devant une peinture de paysage, avec des montagnes dans les brumes, un sentier où chemine le voyageur, des nuages au-dessus de maisons, et au milieu, le rouge frappant des érables, encore rehaussé par le soleil couchant.
- Il s’agit d’une scène d’automne, une saison qui dans la poésie chinoise ancienne est plutôt mélancolique : il commence à faire froid, les arbres perdent leur feuillage, et l’hiver est proche. Mais dans ce poème, le ton n’est pas triste, l’automne est décrit pour la beauté de ses couleurs. Ici, la « montagne froide » et les nuages ne servent qu’à exalter le spectacle des érables ; les deux premiers vers décrivent un arrière-fond où domine le blanc, et c’est par contraste avec le blanc que les feuilles rouges des érables ressortent au v. 4. Ce rouge est encore rehaussé par le moment de la journée : il est tard, et on peut imaginer que le poète admire les arbres colorés dans le couchant. De fait, les trois premiers vers servent surtout, par contraste, le dernier vers. Ce vers est très réussi, les arbres paraissant encore plus rouges que des fleurs de printemps.
- Le « sentier de pierre » du v. 1 annonce les maisons du v. 2 : c’est sans doute le sentier qui conduit au hameau (ou en vient), et il est suffisamment large pour accommoder le passage du véhicule qui transporte le poète. La nature décrite dans ce quatrain est donc habitée, même si elle est loin dans la montagne froide, et que le sentier paraît capricieux.
- Il s’agit d’un poème de paysage, mais on ne peut exclure une connotation morale. Les érables sont éclatants malgré les éléments contraires (le froid), ce qui peut renvoyer à l’intégrité du lettré qui se manifeste dans les difficultés. Plus généralement, la capacité à apprécier la nature renvoie à la supériorité de l’homme de bien : elle possède une dimension éthique.
- D’une façon beaucoup moins sérieuse, on notera que ce poème est parfois interprété comme érotique, voire comme un « poème obscène » (yin shi 淫詩). C’est l’expression zuo ai 坐愛, au 3e vers, qui peut inviter à une telle lecture. Zuo 坐 signifie ici « pour », « afin de », un sens bien attesté par les dictionnaires, et zuo ai est donc presque toujours interprété comme signifiant simplement « pour admirer » (cf. notre traduction). Mais en chinois moderne (en mandarin), les deux mots se lisent comme zuo ai 做爱, « faire l’amour » (il s’agit d’homophones, xie yin 諧音), et en entendant zuo ai, certains écoliers comprennent mal, voire sont gênés, à tel point que des parents ont déjà demandé de retirer ce poème du programme scolaire (cf. 杜牧“停车坐爱枫林晚”被家长抵制,要求从课本删除,原因是太污_意思_因为_含义 ). Selon un commentaire plus osé encore, le « rouge » du quatrième vers désignerait le sang de la jeune fille que le poète vient de séduire. Bref, au lieu d’arrêter son char pour mieux admirer le rouge des érables, le poète utiliserait son véhicule pour y faire des galipettes avec une jeune vierge ! Tout cela n’est pas du tout convaincant, même si on sait par ailleurs que Du Mu appréciait les très jeunes filles… Cf. 杜牧停車「坐」愛. 【古文點讀】#1 杜牧停車「坐」愛 | by 黃國軒 | 小軒窗隨筆 | Medium.
Thèmes
Attributs
- Poète : Du Mu 杜牧 (803-852?, fl. 828, WT)
- Titre : « Shan xing » 山行
- Année de composition : ??
- Forme : qi yan jueju 七言絕句
- Thème : paysage
- Lieu : ?
- Esthétique : 2
- Mode : laudatif
Anthologies : 15/29
- Biecai(Q), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), Lidai(P), WanTang(P), Xianggang(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), XiaoZhonghua(P), XiaoLiu(P), XiaoZheng(P), Paihang(P)
- 13 anthologies RPC
- 4 anthologies scolaires
- Palmarès (n°69)
- Trad. Demiéville 335, Hu-Sterk 478
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E5%B1%B1%E8%A1%8C/27567