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王維 : 觀獵

  1. 風勁角弓鳴
  2. 將軍獵渭城
  3. 草枯鷹眼疾
  4. 雪盡馬蹄輕
  5. 忽過新豐市
  6. 還歸細柳營
  7. 回看射雕處
  8. 千里暮雲平

Wang Wei (699?-759?) : Regardant la chasse

  1. L’arc de corne résonne dans le vent puissant,
  2. C’est le général qui chasse à Weicheng !
  3. Dans les herbes sèches, l’oeil du faucon s’aiguise,
  4. Plus la moindre trace de neige, le sabot du cheval est léger !
  5. On a déjà passé la ville de Xinfeng,
  6. Et on s’en revient au camp de Xiliu !
  7. On regarde en arrière vers l’endroit où il a touché l’aigle royal !
  8. Et sur mille lieues, les tranquilles nuages du couchant. (traduction provisoire)

Notes textuelles

觀獵

  1. 風勁角弓鳴 ♦ 勁 (jìn) fort, puissant (一作動) / 角弓 (jiǎogōng) arc (avec ornements) de corne / 鳴 (míng) résonner
  2. 將軍獵渭城 ♦ 渭城 la ville de Wèi (= Xianyang, près de l’actuelle Xi’an dans l’actuel Shǎnxī, au nord de la Wei)
  3. 草枯鷹眼疾 ♦ 枯 () sec, desséché / 鷹眼疾 (yīng) l’oeil du faucon s’aiguise, devient perçant
  4. 雪盡馬蹄輕
  5. 忽過新豐市 ♦ 新豐市 (ancien lieu, dans l’actuel Shǎnxī, sur le site de l’actuelle Xi’an)
  6. 還歸細柳營 ♦ 細柳 (dans l’actuel Shǎnxī, sur le site de l’actuelle Xi’an ; c’était l’endroit où, au début de la dynastie Han, le célèbre général Zhou Yafu 周亞夫 avait stationné ses troupes pour résister aux Xiongnu)
  7. 回看射鵰處 ♦ 鵰 (diāo) oiseau de proie / 射鵰處 le lieu de la chasse
  8. 千里暮雲平

Commentaire

  • Ce célèbre poème a été loué par la postérité et recueilli dans de nombreuses anthologies, à toutes les époques. Il possède quelques-unes des caractéristiques du style de Wang Wei, et notamment une dimension très picturale (rappelons que le poète était également peintre). Mais par la thématique et le ton il tranche avec ses autres poèmes les plus connus, en majorité des poèmes de paysage et d’érémitisme.
  • Wang Wei a sans doute composé ce huitain pentasyllabique en 737, alors qu’il occupe un poste aux frontières (à Liangzhou, dans l’actuel Gansu). Il s’agit d’un poème de chasse, un sous-genre très convenu du poème de frontière ou du poème de guerre. En Chine ancienne, en effet, la chasse était volontiers considérée comme un entraînement à la guerre. Le poème fait l’éloge d’un général qui se montre très bon archer, avec un ton, très martial, qui rappelle celui d’autres éloges militaires.
  • Au v. 1, le bruit du vent et le bruit de l’arc se renforcent mutuellement. La force du vent, qui complique le travail de l’archer, ajoute encore à ses exploits. L’archer lui-même fait irruption au v. 2, après le bruit de son arc, ce qui suggère la difficulté, pour les suivants du général (et pour le poète), à le suivre tant il se meut avec rapidité.
  • Le deuxième couplet situe la chasse dans le temps et l’espace. On se trouve à la fin de l’hiver ou au début du printemps, avec des herbes encore jaunes, mais débarrassées des neiges de la saison froide : c’est une période favorable à la chasse, le gibier sortant de mois d’hibernation, et peinant à se cacher étant donné la pauvreté de la végétation. Ces notations suggèrent aussi la géographie et le climat désolés des régions frontières du nord-ouest.
  • Le huitain régulier exige le parallélisme des vers du deuxième et du troisième distique, et ce poème respecte cette obligation. Ainsi les v. 3-4 montrent-ils une structure parfaitement symétrique : nom (herbe / neige) - prédicat (sec / fini) - nom (faucon / cheval) - nom (oeil / sabot) - prédicat (rapide / léger). On note également dans ce distique l’opposition entre le haut (le faucon) et le bas (les sabots du cheval). Au v. 3, l’oeil du faucon est décrit comme « rapide » ( 疾) plutôt que comme perçant, ce qui donne du dynamisme à la description : les commentateurs ont loué le choix de ce caractère, ainsi que, au v. 4, celui du mot « léger » (qīng 輕), pour qualifier les sabots des chevaux. Aux v. 5-6, les verbes de mouvement et les noms de lieux qui se répondent au début et à la fin des vers contribuent à cette impression de rapidité : on est à peine passé à Xinfeng qu’on est déjà de retour à Xiliu – deux lieux qui, notons-le, sont éloignés de soixante-dix li environ, une distance avalée comme en un clin d’oeil par les chasseurs.
  • Au v. 1, il était question de Weicheng ; dans le troisième distique, le poème mentionne Xinfeng et Xiliu. Tous ces lieux se trouvent dans la région de la capitale, et dans l’imaginaire Tang, ils évoquent la proximité des territoires du nord-ouest, et donc de la guerre et des barbares.
  • Xinfeng et Xiliu ont par ailleurs une connotation martiale. Ces deux lieux renvoient aux guerres du début de la dynastie Han. C’est à Xinfeng qu’eut lieu en 206 le célèbre banquet de la Porte Hong (Hongmen yan 鴻門宴), auxquels participent les généraux Liu Bang et Xiang Yu, associés lors de la guerre civile (209-206) qui venait de mettre fin à la dynastie Qin (221-207). En 206, les relations entre les deux vainqueurs se tendent, et Xiang Yu, qui soupçonne Liu Bang de vouloir le supplanter, l’invite à un banquet qui est un piège : Liu Bang échappe de peu aux attaques plus ou moins déguisées des fidèles de Xiang Yu. Peu après commence la Guerre entre Chu et Han (Chu Han xiang zheng 楚漢相爭), c’est-à-dire entre les armées de Xiang Yu et celles de Liu Bang, qui se termine en 202 par la victoire de ce dernier, qui fonde l’Empire Han.
  • La référence au camp de Xiliu est encore plus précise : elle rapproche le général-chasseur de notre poème de Zhou Yafu 周亞夫 (?-143 AEC), un célèbre général du début de la dynastie Han. En 158 AEC, les « barbares » Xiongnu sont particulièrement menaçants. Pour protéger Chang’an, la capitale de l’Empire, Zhou Yafu campe ses armées à Xiliu, au nord de la Wei. Lorsque l’Empereur Wen (r. 180-157) se présente pour une tournée d’inspection, il se voit interdire l’entrée dans le camp, les officiers de garde lui signifiant qu’étant donné les circonstances ils ne peuvent relâcher leur vigilance et n’obéissent qu’à Zhou Yafu. Cette discipline impressionne très favorablement le souverain.
  • Ce n’est qu’à l’avant-dernier vers que l’habileté du général à la chasse est directement évoquée : il a touché sa cible, que le poète qualifie d’aigle (diao 鵰), sans doute pour magnifier le talent de l’archer. L’agencement des vers suggère que tout s’est passé si vite que, sur le moment, les suivants du général n’ont pas eu le temps d’admirer sa prouesse : ce n’est qu’au retour au camp, une fois la chasse terminée, qu’ils peuvent se retourner en direction du lieu de son exploit. On peut aussi comprendre ce regard en arrière comme une marque d’admiration : même si la chasse est terminée, on ne peut l’oublier tant elle a été magnifique.
  • Le v. 8 résonne avec le v. 1 : dans les deux cas, « la description de l’environnement manifeste les sentiments » (xie jing biao qing 寫景表情). Au v. 1, le fort vent exaltait la puissance du chasseur et suggérait la tension de la chasse. Au v. 8, « les nuages tranquilles » s’accordent avec la fin de la chasse et le retour au calme.

Thèmes

Attributs

  • Poète : Wang Wei 王維 (699?-759?, fl. 731, ST)
  • Titre : « Guan lie » 觀獵
  • Année de composition : 737 ?
  • Forme : wu yan lüshi 五言律詩
  • Thème : martial
  • Lieu : (Shaanxi) Weicheng (près de Chang’an)
  • Esthétique : 1
  • Mode : laudatif

Anthologies : 16/29

  • Jxj(T), Yxj(T), Biecai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), Paihang(P)
  • Tang / Qing / Rép / Rép
  • 11 anthologies Rép
  • 1 anthologie scolaire
  • Palmarès (n°24)
  • Trad. Hu-Sterk 357

Lien externe