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楊炯 : 從軍行

  1. 烽火照西京
  2. 心中自不平
  3. 牙璋辭鳳闕
  4. 鐵騎繞龍城
  5. 雪暗凋旗畫
  6. 風多雜鼓聲
  7. 寧為百夫長
  8. 勝作一書生

Yang Jiong (650-693?) : Marche militaire

  1. Les feux d’alarme illuminent la capitale de l’Ouest :
  2. Pas moyen d’avoir l’esprit en paix !
  3. L’insigne de mobilisation a quitté la Tour du Phénix,
  4. La cavalerie de fer encercle la Cité du Dragon.
  5. La neige brouille les motifs fatigués des fanions,
  6. Le vent bruyant se mélange aux battements des tambours.
  7. Que ne suis-je un petit officier commandant une centaine d’hommes !
  8. Je serais mieux considéré qu’en tant que lettré.

Notes textuelles

從軍行 ♦ (nom d’une mélodie de type yuefu)

  1. 烽火照西京 ♦ 烽火 (fēnghuǒ) feux d’alerte (mil.) / 西京 capitale de l’Ouest (Chang’an)
  2. 心中自不平 ♦ 自 (suggère que le poète ne peut rien faire pour se calmer)
  3. 牙璋辭鳳闕 ♦ 璋 (zhāng) tablette de jade, insigne de créance / 牙璋 insigne de créance de jade (notamment pour lever des troupes: mises ensemble, les deux parties avaient une forme de dent) / 辭 () quitter, partir / 鳳闕 Fèngquè (Tour des phénix, nom d’une tour du palais impérial sous les Han, désigne ici par métonymie le palais impérial Tang)
  4. 鐵騎繞龍城 ♦ 鐵騎 (tiějì) cavaliers bardés de fer, cavaliers d’élite / 龍城 Citadelle du Dragon (soit Orkhon au centre de l’actuelle Mongolie, désigne ici les bastions barbares en général)
  5. 雪暗凋旗畫 ♦ 暗 obscurcir / 凋 (diāo) fâné, (ici) dont la couleur est passée / 旗 () bannière, fanion / 畫 motifs
  6. 風多雜鼓聲 ♦ 雜 () se mélanger, se mêler
  7. 寧為百夫長 ♦ 百夫長 (bǎifūzhǎng) centurion, officier subalterne
  8. 勝作一書生 ♦️ 勝 (shèng) l’emporter sur

Commentaire

  • Ce huitain régulier pentasyllabique est le poème le plus connu de Yang Jiong, un poète de la période du « début des Tang ». Il figure au 90e rang du Palmarès de Wang Zhaopeng.
  • Au v. 1, les feux d’alerte sont une référence aux menaces des « barbares » au nord-ouest de l’Empire, à la fin du 7e siècle, vraisemblablement les incursions des Tubo 吐蕃, une population proto-tibétaine, et des Tujue 突厥, une population proto-turque. Le danger, ici, est rendu concret par les feux d’alarme, qui sont si proches qu’ils projettent leurs reflets (zhao 照) sur la capitale elle-même.
  • Le deuxième distique suggère la rapidité de la réaction des armées impériales : à peine l’ordre de mobilisation est-il parti que déjà la cavalerie menace les barbares en leur cœur, symbolisé ici par la « Cité du Dragon » (dans l’actuelle Mongolie), qui avait été un important bastion des Xiongnu durant la dynastie Han.
  • Le troisième distique évoque la fureur du combat, en montrant la confusion du moment : confusion de la vue au v. 5, avec la neige qui obscurcit les fanions militaires ; confusion de l’ouïe au v. 6, avec le vent dont les rugissements se mélangent aux tambours de guerre. Les fanions et les tambours sont une métonymie pour les armées Tang, et les éléments naturels contraires peuvent peut-être se comprendre comme une métonymie pour l’ennemi.
  • Le dernier distique est susceptible de deux interprétations très différentes.
  • Les commentateurs chinois contemporains lisent volontiers ce poème comme une pièce patriotique, et comprennent les v. 7-8 dans ce sens : le « je » du poème (le poète ?) juge préférable de n’être qu’un petit officier qui lutte contre les barbares plutôt qu’un lettré sans utilité. Le poème serait donc un exemple de tou bi cong rong 投筆從戎, c’est-à-dire de ce patriotisme du lettré qui n’hésite pas à « jeter son pinceau pour prendre les armes ». Dans les mots d’un commentateur francophone : « Le poème culmine dans ce choix existentiel. Le « centurion » (百夫长), bien que modeste, agit et se sacrifie ; le « lettré », malgré son érudition, reste inefficace en temps de crise. Cette antithèse frappante glorifie l’héroïsme militaire et critique l’inaction littéraire, incarnant l’idéal Tang du service concret à la nation. » (cf. la référence ci-dessous)
  • Cette lecture grammaticalement possible n’est pas confirmée par la vie de Yang Jiong, qui ne fit pas de carrière militaire. Nous avons suivi dans notre traduction les commentateurs anciens, qui considèrent généralement que le poète se montre en fait critique d’une époque où le pouvoir fait plus de cas des militaires (et des valeurs martiales, wu 武) que des lettrés (et des valeurs civiles, wen 文). Ces deux interprétations ne sont peut-être pas complètement exclusives l’une de l’autre. Comme le note Huang Chang 黃裳, un commentateur de la dynastie Ming, ces deux vers « expriment l’indignation, mais avec une ardeur qui se transforme en exaltation » (是憤語激而成壯).
  • Yang Jiong fut l’un des « Quatre éminents poètes du début des Tang » (Chu Tang si jie 初唐四傑), les autres étant Luo Binwang, Lu Zhaolin et Wang Bo, actifs sous le règne de l’Empereur Gaozong (r. 649-683). Enfant précoce, il trouva très tôt un poste dans l’administration impériale et passa l’essentiel de sa vie à la capitale. Il critiqua le formalisme de la poésie du début des Tang et prôna un retour au « classicisme » qui annonce la grande époque poétique du 8e siècle.

Thèmes

Attributs

  • Année de composition : ca. 681 ?
  • Forme : lüshi 律詩
  • Vers : 8
  • Pieds : 5
  • Thème : frontières
  • Lieu : (Mongolie) Longcheng (Orkhon)
  • Esthétique : 2
  • Mode : exhortatif

Anthologies : 11/29

  • Biecai(Q), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), Paihang (P)
  • 8 anthologies RPC
  • Palmarès (n°90)
  • Trad. Hervey 167

Liens externes