Catégorie B ♦ Gushi ♦ TSSBS
岑參 : 輪台歌奉送封大夫出師西征
- 輪臺城頭夜吹角
- 輪臺城北旄頭落
- 羽書昨夜過渠黎
- 單于已在金山西
- 戍樓西望煙塵黑
- 漢兵屯在輪臺北
- 上將擁旄西出征
- 平明吹笛大軍行
- 四邊伐鼓雪海湧
- 三軍大呼陰山動
- 虜塞兵氣連雲屯
- 戰場白骨纏草根
- 劒河風急雪片闊
- 沙口石凍馬蹄脫
- 亞相勤王甘苦辛
- 誓將報主靜邊塵
- 古來青史誰不見
- 今見功名勝古人
Cen Shen (Cen Can, 715?-770) : « Chant de Bügür, offert au grand général Feng qui part en campagne à l’ouest »
- Au sommet du mur de Bügür on sonne de nuit la corne,
- Au nord du mur de Bügür, les Pléiades baissent dans le ciel.
- La nuit dernière le courrier ailé a passé Quli,
- Déjà le khan s’est installé à l’ouest du mont Bogda.
- De la tour de guet on voit les fumées noires à l’ouest :
- Ce sont les armées Han qui campent au nord de Bügur.
- Son fanion à la main, le général part en campagne à l’ouest,
- Au bruit des sonneries dans l’aube, sa grande armée se met en marche.
- Les tambours retentissent aux quatre directions, agitant la Mer de neige,
- De grands cris s’élèvent dans les trois armées, ébranlant les Monts Yin.
- Dans les bastions de l’ennemi la pugnacité se propage jusqu’aux campements de nuages,
- Sur le champ de bataille les squelettes s’enchevêtrent dans les racines des herbes.
- Sur la rivière Épée, des bouts de nuages s’éloignent dans le vent violent,
- A la Bouche de sable, les sabots des chevaux se brisent sur les pierres gelées
- Le chancelier en second s’évertue pour le royaume, ravi d’affronter les épreuves,
- Le général a juré de payer son souverain en retour en pacifiant les régions frontières.
- Qui n’a pas lu les histoires officielles qui se sont transmises depuis l’antiquité ?
- Mais aujourd’hui on voit des hommes dont la gloire l’emporte sur celle des anciens. (traduction provisoire)
Notes textuelles
輪台歌奉送封大夫出師西征 ♦ 輪台 (Bügür, dans l’actuel Xinjiang, à env. 300 km au sud-ouest de Urumqi) / 封大夫 = Feng Changqing 封常清, ?-756, célèbre général Tang)
- 輪台城頭夜吹角 ♦ 角 corne, trompe (militaire)
- 輪台城北旄頭落 ♦ 旄頭 (máo) queues de yack (qui garnissaient les étendards) ; mansion correspondant aux Pléiades (associée à la fortune des armées barbares) / 落 (mauvais présage pour les barbares)
- 羽書昨夜過渠黎 ♦ 羽書 dépêche militaire (avec une plume de coq marquant son caractère d’urgence) / 渠黎 Qúlí (région au sud-est de Bügür)
- 單于已在金山西 ♦ 單于 (désigne ici le chef barbare) / 金山 (monts Bogda, à l’est d’Urumqi ; ou éventuellement montagnes de l’Altaï)
- 戍樓西望煙塵黑 ♦ 戍 (shù) garnison / 戍樓 tour de guet à la frontière
- 漢兵屯在輪台北 ♦ 漢兵 les armées chinoises (Tang) / 屯 (tún) être stationné
- 上將擁旄西出征 ♦ 上將 grand général (c’est-à-dire Feng Changqing) / 擁 (yōng) tenir / 旄 (máo) bâton de commandement
- 平明吹笛大軍行 ♦ 平明 (一作小胡) / 平明 aube
- 四邊伐鼓雪海湧 ♦ 伐鼓 (一作戍鼓) / 雪海 (nom de lac) / 雪海 Mer de neige (dans les monts Bogda) / 湧 (yǒng) jaillir, surgir
- 三軍大呼陰山動 ♦ 三軍 armée / 陰山 (à l’est de la Mongolie intérieure)
- 虜塞兵氣連雲屯 ♦ 虜塞 (lǔsài) défenses barbares / 連 rejoindre / 雲屯 (tún) cantonnements de nuages, nuages amassés (image qui résonne avec les bastions du début du vers)
- 戰場白骨纏草根 ♦ 纏 (chán) se prendre dans
- 劍河風急雲片闊 ♦ 劍河 (nom de rivière, dans l’actuel Xinjiang, ou éventuellement en Russie) / 雲片 couche de nuage, nuée (selon une autre interprétation, pian 片 désignerait des flocons de neige) / 闊 (kuò) éloigner, séparer ; large
- 沙口石凍馬蹄脫 ♦ 口 bouche, port, embarcadère, embouchure / 沙口 (一作河口) bouche de sable (nom de lieu ?) / 蹄 (tì) sabot
- 亞相勤王甘苦辛 ♦ 亞相 le second chancelier (autre nom pour le président du Tribunal des censeurs, yushidafu 御史大夫, titre porté par Feng Changqing; désigne ici Feng Changqing) / 勤王 s’évertuer pour le royaume / 甘苦辛 être content des épreuves, prendre volontiers les plus grands risques
- 誓將報主靜邊塵 ♦ 誓 (shì) jurer de / 將 (jiàng) général (le parallélisme avec xiang 相, « chancelier », au vers précédent, suggère de comprendre ici jiang comme un nom) / 報主 donner en retour (au pays) / 塵 (chén) 靜邊塵 stabiliser les poussières des frontières, pacifier les régions frontières
- 古來青史誰不見 ♦ 青史 histoires vertes (à l’origine écrites sur plaquettes de bois ou lamelles de bambou), histoires officielles / 誰不見 ils sont nombreux
- 今見功名勝古人 ♦ 勝 l’emporter sur
Commentaire
- Ce poème heptasyllabique de style ancien figure dans les Trois cents poèmes des Tang ; il est assez régulièrement repris dans les anthologies chinoises contemporaines.
- Il s’agit d’un poème d’éloge, en l’occurrence du général Feng Changqing, qui se bat aux frontières contre les « barbares » qui menacent les Tang.
- Le poème appartient au genre du « poème de frontières », dont il reprend la plupart des caractéristiques : les noms exotiques, qui renvoient à la géographie de l’Asie centrale ; les images de la guerre, comme les poussières, les tambours, les cris ; la violence et les épreuves ; la détermination à se battre, en particulier celle du général Feng Changqing, prêt à tout par fidélité envers l’Empire.
- On peut rapprocher ce poème d’un autre poème, plus connu, de Cen Shen, la « Ballade de Zoumachuan », qui fait également l’éloge d’un général qui part en campagne militaire.
Thèmes
Attributs
- Poète : Cen Shen 岑參 (715?-770, fl. 744, ST)
- Titre : « 輪台歌奉送封大夫出師西征 »
- Année de composition : 755
- Forme : qi yan gushi 七言古詩
- Thème : frontières
- Lieu : (Xinjiang) Luntai (Yining)
- Esthétique : 2
- Mode : neutre
Anthologies : 8/29
- Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Xianggang(P), Quan(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 5 anthologies RPC
- Trad. Bynner
Lien externe :
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E8%BC%AA%E5%8F%B0%E6%AD%8C%E5%A5%89%E9%80%81%E5%B0%81%E5%A4%A7%E5%A4%AB%E5%87%BA%E5%B8%AB%E8%A5%BF%E5%BE%81/6961982