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杜甫 : 春夜喜雨

  1. 好雨知時節
  2. 當春乃發生
  3. 隨風潛入夜
  4. 潤物細無聲
  5. 野徑雲俱黑
  6. 江船火獨明
  7. 曉看紅濕處
  8. 花重錦官城

Du Fu (712-770) : Par une nuit de printemps, une heureuse pluie

  1. La bonne pluie connaît la bonne saison,
  2. C’est le printemps et elle lance la pousse des plantes,
  3. Profitant du vent pour s’insinuer dans la nuit,
  4. Irriguant les champs avec une tranquille minutie.
  5. Les nuages noirs obscurcissent les chemins de traverse,
  6. Un feu solitaire signale un bateau sur le fleuve.
  7. À l’aube on admirera les pourpres humides
  8. Des fleurs gorgées d’eau de la ville de Brocart.
    (traduction provisoire)

Notes textuelles

春夜喜雨

  1. 好雨知時節 ♦ 好雨 pluie printanière (qui vient au bon moment)
  2. 當春乃發生 ♦ 發生 (elle aide à la croissance des plantes)
  3. 隨風潛入夜 ♦ 隨 (suí) suivre / 隨風 profiter du vent / 潛 (qián) furtivement
  4. 潤物細無聲 ♦ 潤物 les plantes imprégnées de pluie
  5. 野徑雲俱黑
  6. 江船火獨明
  7. 曉看紅濕處 ♦ 紅濕處 (shī) les lieux où le pourpre est humide (les fleurs rouges mouillées par la pluie)
  8. 花重錦官城 ♦ 花重 (zhòng) les fleurs sont lourdes de pluie / 錦官城 = la Ville des Offices de brocart, c’est-à-dire Chengdu (dont aux époques anciennes un quartier hébergeait l’administration des broderies et brocarts)

Commentaire

  • Ce huitain régulier heptasyllabique est l’un des plus célèbres et des plus charmants poèmes de Du Fu. Il figure dans le Palmarès de la poésie Tang et est régulièrement repris dans les anthologies poétiques pour écoliers.
  • Ce poème est difficile à classer. Il a volontiers été considéré comme un « poème d’éloge de choses » (yongwu shi 詠物詩), en l’occurrence, un éloge de la pluie. Mais il s’agit aussi d’un poème à dimension champêtre, dans le style de Tao Yuanming : Du Fu le compose à un moment où il cultive lui-même ses champs. Et le dernier distique est typique des poèmes de paysage.
  • Ce poème est composé lors du séjour de Du Fu dans son ermitage près de Chengdu (dans l’actuel Sichuan). Un autre poème célèbre, datant également du printemps 761, est « Une visite » (ke zhi 客至), à la tonalité également champêtre. D’après certains commentateurs (surtout contemporains), Du Fu aurait cultivé lui-même ses champs dans son ermitage, ce qui à vrai dire est douteux ; mais il se trouve certainement suffisamment proche des paysans et de la nature pour être conscient de l’importance d’une bonne pluie. Le style, très sobre, renvoie à l’humilité du poète, qui n’est plus un haut fonctionnaire de la cour impériale, ou un littérateur qui se soucie de belles tournures, mais un homme qui vit près des champs et attend la pluie comme un paysan.
  • Au v. 2, on pourrait interpréter nai fa sheng 發生 au sens moderne du mot fasheng : la pluie « naît », ou « se produit ». Mais il vaut sans doute mieux comprendre fa sheng ici non pas comme un mot, mais comme deux : la pluie « déclenche » (fa) la « croissance » (sheng), c’est-à-dire qu’elle féconde la nature et permet aux plantes de croître.
  • Au v. 7, les mots hong shi chu 紅濕處, littéralement, « les endroits où l’humidité est rouge » ont quelque chose de délicatement impressionniste : c’est au vers suivant seulement qu’apparaît le mot hua 花, « fleurs », comme s’il fallait un instant entre la perception des taches de couleurs et leur traduction en fleurs. Certains commentateurs ont suggéré que ces fleurs étaient des fleurs de pommier (haitang 海棠).
  • À noter que la temporalité de ce dernier couplet n’est pas très claire : le poète décrit-il le spectacle tel qu’il le voit au matin ? Mais on peine à imaginer qu’il puisse voir les fleurs de Chengdu depuis sa chaumière, si l’on en croit la description qu’il fait de sa retraite dans le poème « Une visite », composé à la même époque (cf. supra). Ou bien, alors qu’il contemple la pluie nocturne, imagine-t-il, par contraste avec celle-ci, le spectacle lumineux des fleurs dans la capitale régionale ? D’une point de vue poétique, cette deuxième lecture est sans doute plus riche.
  • Comme l’ont noté de nombreux commentateurs, aux v. 1-4, la pluie est quasiment anthropomorphisée : elle « connaît » (zhi 知) le bon moment pour tomber, et elle intervient à la bonne saison, au printemps, au moment où la nature a besoin d’eau pour renaître. Elle tombe la nuit, doucement pour ne pas déranger les dormeurs, et comme si elle ne voulait pas interférer avec leur travail de jour ; elle irrigue les champs avec minutie, tombe vraisemblablement jusqu’au matin, allant jusqu’au bout de sa tâche. Cette pluie sait donc ce qu’elle fait – ce qui n’est pas le cas de toutes les pluies bien sûr.
  • Le mot xi 喜, « heureuse », figure dans le titre, mais pas dans le poème lui-même ; mais implicitement, il informe chacun des quatre couplets de ce huitain.
  • L’eau ou la pluie apparaissent dans presque tous les vers : les gouttes d’eau comme radical des caractères qian 潛 (v. 3), run 潤 (v. 4), jiang 江 (v. 6) et shi 濕 (v. 7) ; et la pluie, yu 雨, dans le titre et au v. 1, et comme composé dans le caractère yun 雲 au v. 5.
  • Dans la première partie du poème (v. 1-4), et surtout dans le deuxième couplet, le registre est celui de l’ouïe : la pluie arrive avec le vent, elle est furtive, délicate, elle ne fait pas de bruit ; peut-être le poète est-il déjà couché, et il entend la pluie depuis sa chambre. Dans les deux derniers distiques, le registre est visuel : aux v. 5-6, le poète s’est peut-être posté à sa fenêtre, d’où il contemple le paysage, relevant les nuages sombres et, par contraste, la lumière d’un bateau sur l’eau – ou plutôt, il ne voit que la lumière du bateau, et c’est celle-ci qui lui fait appréhender l’obscurité ambiante ; aux v. 7-8, il voit (ou imagine) les fleurs, d’autant plus rouges dans le paysage qu’elles sont gorgées d’eau.
  • Les deux premiers distiques (v. 1-4) décrivent la pluie dans son rôle principal, celui de force qui féconde la nature. Les deux derniers (v. 5-8) insistent sur la magie presque « surnaturelle » (shen 神) de cette pluie : elle transforme le paysage, masquant les chemins et singularisant les feux des bateaux ; et à l’aube, elle exalte(ra) les couleurs des fleurs.

Thèmes

Attributs

  • Année de composition : 761
  • Forme : wu yan lüshi 五言律詩
  • Vers : 8
  • Pieds : 5
  • Thème : nature
  • Lieux : (Sichuan) Chengdu
  • Esthétique : 1
  • Mode : heureux

Anthologies : 15/29

  • Biecai(Q), Juyao(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), XiaoZhonghua(P), XiaoLiu(P), XiaoZheng(P), Paihang(P)
  • 13 anthologies RPC
  • 4 anthologies scolaires
  • Palmarès (n°92)
  • Trad. Splendor 134, Hu-Sterk 395

Lien externe