Catégorie A ♦ Lüshi ♦ Palmarès
杜甫 : 秋興八首其一
- 玉露凋傷楓樹林
- 巫山巫峽氣蕭森
- 江間波浪兼天湧
- 塞上風雲接地陰
- 叢菊兩開他日淚
- 孤舟一繫故園心
- 寒衣處處催刀尺
- 白帝城高急暮砧
Du Fu (712-770) : Méditation d’automne, 1
- La rosée de jade a desséché et meurtri les feuilles de la forêt d’érables,
- L’air est désolé dans les monts de Wu et les gorges de Wu.
- Sur le Fleuve, vagues et lames fusent jusqu’au ciel,
- Dans la passe, vents et nuages enténèbrent jusqu’à la terre.
- Les chrysanthèmes ont fleuri deux fois et j’ai pleuré sur les jours anciens,
- La barque solitaire est attachée et mon cœur reste attaché aux jardins d’autrefois.
- En tous lieux on presse ciseaux et mesures pour les vêtements d’hiver,
- Haut sur Baidi on entend le frappement des battoirs à linge dans le soir.
(traduction littérale)
Notes textuelles
秋興八首其一 ♦ 興 (xīng, xìng) inspiration, méditation, pensée
- 玉露凋傷楓樹林 ♦ 玉露 rosée d’automne (blanche comme le jade) / 凋傷 (diāo shāng) faire sécher et tomber les herbes
- 巫山巫峽氣蕭森 ♦ 巫山巫峽 (la région de Kuizhou près de l’actuelle Chongqing) / 蕭森 (xiāosén) désolé, glauque
- 江間波浪兼天湧 ♦ 江 = 長江 / 兼天 à égalité avec le ciel, au niveau du ciel / 湧 (yǒng) jaillir
- 塞上風雲接地陰 ♦ 接地陰 ils touchent leurs ombres sur le sol, ils recouvrent le sol
- 叢菊兩開他日淚 ♦ 兩(一作重)/ 兩開 (deux automnes ont passé depuis l’arrivée de Du Fu à Kuizhou) / 開 (joue sur les fleurs de chrysanthèmes, mais aussi les larmes) / 他日 autres jours, autrefois, depuis longtemps / 叢菊兩開他日淚 (durant deux automnes la floraison des chrysanthèmes m’a fait pleurer les larmes du passé)
- 孤舟一繫故園心 ♦ 故園 (désigne ici Chang’an) / 孤舟一繫故園心 la barque solitaire attache (ici) mon coeur qui pense à Chang’an, (ou bien) la barque est attachée à la rive comme mon cœur demeure attaché à Chang’an
- 寒衣處處催刀尺 ♦ 寒衣處處催刀尺 (dans toutes les maisons on presse le couteau et la règle pour fabriquer les vêtements pour l’hiver)
- 白帝城高急暮砧 ♦ 白帝城 (sur la gorge Qutang tout près de l’actuelle Chongqing, de l’autre côté de Kuizhou) / 高 en hauteur / 急暮砧 (zhēn) le bruit pressant des pierres à battre le linge (le bruit des battoirs des lavandières est typique de l’automne)
Commentaire
- Ce poème est la première et la plus célèbre des huit « Méditations d’automne », « Qiu xing ba shou » 秋興八首, une série de huitains réguliers heptasyllabiques parfois considérés comme les plus beaux poèmes de la Chine ancienne (Stephen Owen, p. 214 : “The ‘Automn Meditations’ have a strong claim to be the greatest poems of the Chinese language”). Mais ces poèmes sont sans doute trop difficiles pour avoir jamais été « populaires ». Ils ne figurent par exemple pas dans l’anthologie des Trois cents poèmes des Tang.
- Les « Méditations » doivent se lire comme un tout. Elles datent du séjour du poète à Kuizhou (dans l’actuelle municipalité de Chongqing), du printemps 766 au début 768. Nostalgique de la capitale, il fait dans ces huit poèmes des allers et retours entre son souvenir de Chang’an et la réalité présente au Sichuan : dans les trois premiers poèmes, il évoque Chang’an à partir de Kuizhou ; dans les cinq derniers poèmes, c’est le contraire.
- Dans le présent poème, l’atmosphère de l’automne tardif à Kuizhou (v. 1-2, 3-4, 7-8) exacerbe la peine du poète. Son déracinement est exprimé d’une façon implicite dans le troisième distique (v. 5-6), où il pleure les jours anciens et rumine les souvenirs des jardins de la capitale. Ces deux vers sont construits de façon parallèle et posent un défi redoutable au traducteur. Les mots kai 開, « ouvrir », « déclencher » et xi 繫, « attacher », « fixer », se réfèrent à la fois à ce qui les précède dans le vers (les chrysanthèmes, la barque) et à ce qui suit (les larmes, le souvenir) : les chrysanthèmes qui s’ouvrent déclenchent les larmes ; le bateau solitaire est arrimé (à la rive) comme le cœur du poète reste fixé à Chang’an. Cette audace stylistique est très difficile à rendre en français.
- Les v. 1-6, ainsi que le mot gao 高, « haut » dans le v. 8, suggèrent que le poète domine le paysage, où en tout cas se trouve dans la nature. Les trois premiers distiques sont visuels, le dernier est auditif : le poème entend le bruit des ustensiles des couturières et des battoirs des lavandières, un topos de la poésie chinoise ancienne pour évoquer l’ambiance de la fin de l’automne.
- Les « Méditations » appartiennent à l’œuvre tardif de Du Fu, qui avec la vieillesse souffre de problèmes de vue et d’ouïe, et peut-être de diabète. Cela explique aussi le ton très sombre de ces poèmes.
Thèmes
- Patrie (épreuves)
- Patrie
- Lettré (exclusion)
- Paysage (émotions)
- Vieillesse
- Automne
- Paysage (nuées)
- Eau
- Saisons et régularités
- Bateaux
- Style (images)
- Soir et couchant
Attributs
- Année de composition : 766
- Forme : qi yan lüshi 七言律詩
- Vers : 8
- Pieds : 7
- Thème : épreuves (Empire), exclusion
- Lieu : (Chongqing) Wushan
- Esthétique : 1
- Mode : triste
Anthologies : 10/29
- Qianjia(Q), Biecai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), Pingjian(P), Ge(P), Paihang(P)
- 6 anthologies RPC
- Palmarès (n°84)
- Trad. Splendor 141, Hu-Sterk 407, OwenDu 17.26
Liens externes
- La page des « Huit méditations d’automne » sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E7%A7%8B%E8%88%88%E5%85%AB%E9%A6%96/2815851
- Sur ces poèmes, cf. l’étude Kao Yu-kung and Mei Tsu-lin, “Tu Fu’s ‘Autumn Meditations’: An Exercise in Linguistic Criticism.” In HJAS 28 (1968), pp. 44-80, avec la traduction de A.C. Graham (p. 78).