Catégorie A ♦ Gushi ♦ Palmarès
杜甫 : 石壕吏
- 暮投石壕村
- 有吏夜捉人
- 老翁踰牆走
- 老婦出門看
- 吏呼一何怒
- 婦啼一何苦
- 聽婦前致詞
- 三男鄴城戍
- 一男附書至
- 二男新戰死
- 存者且偷生
- 死者長已矣
- 室中更無人
- 惟有乳下孫
- 有孫母未去
- 出入無完裙
- 老嫗力雖衰
- 請從吏夜歸
- 急應河陽役
- 猶得備晨炊
- 夜久語聲絕
- 如聞泣幽咽
- 天明登前途
- 獨與老翁別
Du Fu (712-770) : L’officier recruteur de Shihao
- Je fais halte ce soir au village de Shihao,
- Et en pleine nuit le recruteur vient se saisir des hommes.
- Un vieillard lui échappe en sautant le mur,
- Tandis que sa vieille épouse se présente à la porte.
- Le recruteur hurle avec tant de colère !
- La femme pleure avec tant d’amertume !
- Et je l’entends qui s’adresse à lui ainsi :
- « Mes trois fils ont été envoyés pour défendre Ye,
- Et l’un vient de m’envoyer une lettre :
- Les deux autres viennent de mourir à la guerre !
- Celui-là qui survit s’en tirera peut-être,
- Mais tout est fini pour les deux qui sont morts !
- Vous ne trouverez aucun homme dans cette maison,
- À part mon petit-fils qui tête encore sa mère,
- Et si celle-ci n’est pas encore partie,
- C’est qu’elle n’a pas une jupe entière à se mettre.
- Je ne suis qu’une vieille femme sans force,
- Mais emmenez-moi avec vous cette nuit !
- Vous avez besoin de gens pour la corvée à Heyang ?
- Je pourrai vous préparer le brouet du matin ! »
- Il est tard et le village s’est tu,
- Mais je crois entendre encore quelques pleurs.
- À l’aube lorsque je me mets en route,
- Il n’y a plus que le vieillard pour me saluer.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
石壕吏 ♦ 石壕 Shíháo (actuel Henan)
- 暮投石壕村 ♦ 投 = chercher refuge, loger (pour la nuit, cf. 投宿)
- 有吏夜捉人 ♦ 捉 (zhuō) saisir, se saisir de (pour la conscription)
- 老翁逾牆走 ♦ 逾牆 (yúqiáng) passer le mur / 走 courir, fuir
- 老婦出門看
- 吏呼一何怒
- 婦啼一何苦 ♦ 啼 (tí)
- 聽婦前致詞 ♦ 前 s’avancer / 致詞 parler à (ouvre ici le discours direct, jusqu’à 晨炊)
- 三男鄴城戍 ♦ 鄴 Yè (actuel Henan) / 戍 (shù) garder les frontières, soldat
- 一男附書至 ♦ 附書 apporter une lettre, envoyer une lettre (la lettre qui apprend aux parents la mort du deuxième fils)
- 二男新戰死 ♦ 二男 les deux (autres) fils / 新 récemment
- 存者且偷生 ♦ 存者 celui qui reste / 且 provisoirement, pour le moment / 偷生 être en sursis
- 死者長已矣 ♦ 長已矣 fini pour toujours
- 室中更無人 ♦ 更 (gèng) à nouveau / 更無人 il n’y a à nouveau plus d’hommes
- 惟有乳下孫 ♦ 乳下 (rù) être au sein
- 有孫母未去 ♦ 母未去 la mère n’est pas encore partie
- 出入無完裙 ♦ 有孫母未去出入無完裙 (一作孫母未便出見吏無完裙) / 完裙 mal vêtue
- 老嫗力雖衰 ♦ 老嫗 (yù) vieille femme / 衰 (shuāi) faible, décliner
- 請從吏夜歸 ♦ 從吏 accompagner le fonctionnaire (pour servir à la place de son mari)
- 急應河陽役 ♦ 應 répondre / 應役 recevoir une convocation pour une corvée / 河陽 (actuel Henan)
- 猶得備晨炊 ♦ 猶得備 nous arriverons à temps pour que je puisse préparer / 晨炊 (chénchuī) petit déjeuner (ce vers marque la fin du discours direct)
- 夜久語聲絕
- 如聞泣幽咽 ♦ 如 on dirait que / 泣 (qì) sanglots 幽咽 (yōuyè) murmures
- 天明登前途 ♦ 登前途 se mettre en route
- 獨與老翁別 ♦ 老翁 le vieillard (le mari de la vieille femme)
Commentaire
- Ce poème est l’un des plus célèbres de Du Fu, qui le compose en 759, en pleine rébellion de An Lushan. Il décrit la souffrance du peuple face aux nécessités de la guerre.
- Le poème respire la compassion, voire la condamnation, mais le poète est silencieux, et même étrangement absent (dans le texte original, il ne se signale par aucun « je »), ce qui s’explique peut-être par le fait qu’il fait lui-même partie de l’administration impériale. D’un point de vue poétique, il s’agit d’une force : tout est en réalité exprimé par la femme, et par le contraste entre son attitude et celle de l’officier recruteur, qui possède une dimension presque théâtrale.
- Après le v. 1, où le poète trouve à se loger pour la nuit, on bascule sans transition dans le vif du sujet, avec au v. 2 le mot « attraper » (zhuo 捉), qui est fort : le poème ne dit pas « recruter des gens », mais « attraper des gens » ; et cela se fait en pleine nuit, sans doute pour trouver le maximum de monde (peut-être les hommes quittent-ils le village le jour pour échapper aux rafles).
- Le vieil homme est-il le patron d’une auberge (cf. N. Chapuis) ? Peut-être le poète a-t-il simplement trouvé refuge chez des gens ?
- Le poète est arrivé le soir, la rafle se déroule la nuit, et peut-être le poète s’est-il retiré déjà dans sa chambre : on peut imaginer qu’il entend les protagonistes du drame qui se joue, mais n’en est pas directement témoin, en d’autres termes, qu’il entend plutôt qu’il ne voit la scène.
- Une fois la vieille femme partie, le poète n’entend plus sa voix – mais il entend peut-être les pleurs de la belle-fille, ou du vieillard qui est rentré, et cela l’empêche de dormir.
- Le dernier vers fait écho au premier vers et ferme le poème. Il n’est question que du vieillard, ce qui suggère que la vielle femme a été emmenée par le recruteur.
- Le poème est rédigé dans une langue très simple. On peut y voir une dimension presque anthropologique. Traduire un texte en première apparence si simple n’est d’ailleurs pas facile. On peut même se demander s’il s’agit de « poésie » au sens plein de ce terme.
Thèmes
Attributs
- Année de composition : 759
- Forme : wu yan gushi 五言古詩
- Vers : 24
- Pieds : 5
- Thème : épreuves (peuple)
- Lieu : (Henan) Shihaocun (Sanmenxia)
- Esthétique : 2
- Mode : triste, critique
Anthologies : 14/29
- Biecai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), Paihang(P)
- 11 anthologies RPC
- Palmarès (n°29)
- Trad. Splendor 130, Hu-Sterk 412
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E7%9F%B3%E5%A3%95%E5%90%8F/2810346