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杜甫 : 蜀相
- 丞相祠堂何處尋
- 錦官城外柏森森
- 映階碧草自春色
- 隔葉黃鸝空好音
- 三顧頻煩天下計
- 兩朝開濟老臣心
- 出師未捷身先死
- 長使英雄淚滿襟
Du Fu (712-770) : Le Premier Ministre de Shu
- Où chercher le temple érigé en mémoire du Premier Ministre ?
- Les cyprès sont si touffus dès qu’on sort de la Ville de Brocart !
- L’herbe de jade se reflète sur les marches, le printemps ne resplendit que pour lui-même.
- Les loriots jaunes se cachent derrière les feuilles, leur beau chant résonne en vain.
- Tu as prodigué trois fois tes conseils pour l’Empire,
- Tu as offert à deux rois ta loyauté de vieux serviteur,
- Tu es mort prématurément et n’as pu vaincre à la guerre,
- Et les héros ont continué à mouiller leurs habits de larmes.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
蜀相 ♦ 蜀 royaume de Shu (dans l’actuel Sichuan ; l’un des « Trois Royaumes » du 3e siècle de notre ère, les deux autres étant Wei 魏 , au nord, et Wu 吳, à l’est) / 蜀相 le Premier Ministre de Shu (= le célèbre stratège Zhūgě Liàng 諸葛亮, 181-234, conseiller de Liu Bei 劉備, le fondateur du royaume de Shu)
- 丞相祠堂何處尋 ♦ 丞相 (chéngxiàng) Premier Ministre, Chancelier (ici, Zhuge Liang) / 祠堂 temple aux ancêtres (ici, le temple dédié à Zhuge Liang, à Chengdu)
- 錦官城外柏森森 ♦ 錦官城 (jǐn) la Ville des Offices de Brocart (= Chengdu, appelée ainsi parce que s’y trouvaient les bureaux qui supervisaient la production de soieries à motifs, l’une des spécialités du Sichuan dès l’époque Han) / 柏 (bǎi) cyprès, cèdre / 森森 (sēnsēn) touffu et luxuriant
- 映階碧草自春色 ♦ 映 (yìng) réfléchir, briller / 階 (jiē) marches / 碧 (bì) (couleur de) jade vert / 映階碧草 les herbes vertes projettent leurs reflets sur les marches / 自 juste pour soi (pour rien, pour personne)
- 隔葉黃鸝空好音 ♦ 隔葉 (géyè) cachés dans les feuilles / 黃鸝 (huánglí) loriots / 好 (hǎo) beau / 自, 空 (les couleurs du printemps et les gazouillis des oiseaux tranchent avec la tristesse du lieu)
- 三顧頻煩天下計 ♦ 顧 (gù) rendre visite / 三顧 rendre visite à trois reprises / 煩 = 繁 répété, souvent / 頻煩 (pínfán) souvent, fréquemment / 計 stratagèmes
- 兩朝開濟老臣心 ♦ 兩朝 (cháo) deux règnes (Zhuge Liang servit Liu Bei, puis son fils Liu Shan 劉禪) / 開濟 (jì) (aider à) fonder et administrer (un État : éclairer le prince et aider le peuple) / 老臣心 un coeur toujours fidèle, une loyauté à toute épreuve
- 出師未捷身先死 ♦ 出師 partir à la guerre / 捷 (jié) vaincre / 身 (désigne Zhuge Liang, mort en 234 lors d’une campagne militaire)
- 長使英雄淚滿襟 ♦ 長 souvent / 英雄 héros (de l’époque et de la postérité : tous ceux qui ont regretté que l’Empire ne soit pas réunifié) / 襟 (jīn) pan antérieur (de robe), collet ; habit
Commentaire
- Ce poème est l’un des huitains réguliers heptasyllabiques les plus célèbres de Du Fu. Il figure dans les Trois cents poèmes des Tang, et on le trouve à la 44e place du Palmarès. Il se trouve régulièrement au programme des écoles secondaires en Chine contemporaine.
- Les anciens commentateurs ont fait de ce poème un « modèle de huitain heptasyllabique » (qi lü zheng zong 七律正宗). À noter que le huitain régulier présuppose la rime aux vers pairs, ainsi que, facultativement, au premier vers. C’est ce que l’on trouve ici, et les rimes sont relativement bien conservées en prononciation moderne (putonghua) : xun (xin), sen, yin, xin, jin.
- Du Fu composa ce poème au printemps 760, lors de son séjour à Chengdu, à l’occasion d’une visite au temple dédié à Zhuge Liang.
- Zhuge Liang (181-234) fut l’un des grands stratèges de la Chine ancienne. Liu Bei, un lointain héritier du clan Liu qui avait régné pendant la dynastie Han, lui rendit plusieurs visites pour lui demander conseil, et grâce à son aide, il fonda en 221 le royaume de Shu (dans l’actuel Sichuan), l’un des « Trois royaumes » du 3e siècle, avec le royaume de Wei 魏 au nord et le royaume de Wu 吳, à l’est.
- Le souvenir de Zhuge Liang est un thème récurrent de la poésie Tang, et ce poème de Du Fu n’a de ce point de vue rien d’original. Du Fu y célèbre explicitement Zhuge Liang, et d’une façon implicite il contraste ce dernier avec le général An Lushan, qui en 755 trahit la dynastie Tang et précipite celle-ci dans la crise. Du Fu contraste aussi sa propre carrière, constamment contrariée, avec celle de Zhuge Liang, qui sut se gagner la confiance et le respect de son souverain. Comme Zhuge Liang, Du Fu se présente comme un fonctionnaire loyal, mais malheureusement les souverains Tang, contrairement à Liu Bei, se montrent incapables de reconnaître les talents et vertus de leurs sujets. Au v. 8, le chagrin des héros renvoie à la peine de tous ceux qui, comme Du Fu lui-même, s’inquiètent pour l’Empire, et malheureusement, ne sont pas entendus par le pouvoir.
- Ce huitain est donc un « poème d’éloge de l’histoire et de nostalgie du passé » (yong shi huai gu shi 詠史懷古詩), et aussi d’un poème « patriotique », les deux étant liés : en effet, beaucoup de poèmes « ne se souviennent du passé que pour s’inquiéter du présent » (huai gu shang jin 懷古傷今), et c’est le cas de ce poème. Ce poème est une réflexion sur l’histoire, qui malheureusement se répète, sans que les hommes (les souverains) ne se montrent capables d’en comprendre les leçons.
- Le poème se divise en deux parties, la première descriptive du site autour du temple, la deuxième évocatrice de Zhuge Liang : comme c’est le cas de nombre de poèmes Tang, « on passe du paysage à l’homme » (you jing dao ren 由景到人). Les deux premiers couplets (v. 1-4) décrivent en effet le site où se dresse le temple dédié à Zhuge Liang ; les deux derniers couplets (v. 5-8) chantent la loyauté de ce stratège, et déplore le fait qu’il soit mort avant de pouvoir mener à bien son entreprise.
- À noter la forme question / réponse dans le premier distique (v. 1-2) : comme l’ont noté les commentateurs, cette forme relativement fréquente chez Du Fu lui permet de mettre en exergue, d’une façon rhétorique, un élément frappant. Ici, le poète s’étonne de la difficulté à trouver le temple ; ou plutôt, parce que Zhuge Liang est un personnage suffisamment populaire pour n’avoir jamais été oublié, la question porte sur l’oubli de la leçon que le stratège a représenté dans l’histoire : Zhuge Liang a vécu durant une période de division politique, et il a malheureusement échoué à aider à la réunification pour le compte de Liu Bei et du royaume de Shu. Beaucoup plus tard, les Sui et les Tang ont réunifié les pays chinois, mais avec la révolte de An Lushan, on se retrouve dans une tragique situation de division politique, avec des souverains qui sont incapables d’écouter les avis éclairés de leurs conseillers.
- Au v. 2, les cyprès confèrent de la majesté au site. On plantait souvent près des tombes ces arbres, qui vivaient très longtemps et poussaient d’une façon particulièrement dense (sensen 森森). Ici, leur longévité renvoie aux siècles qui séparent Du Fu de Zhuge Liang, et au fait que malgré tout ce temps on n’a pas oublié le vieux stratège, et qu’on continue à l’honorer.
- Si les cyprès s’accordent avec l’esprit du site, le 2e distique (v. 3-4) contraste la nature avec le temple. Zhuge Liang est mort et les anciens ont disparu, et la beauté de la nature tranche avec l’éphémère et le tragique des civilisations humaines. Le printemps arrive, mais ce renouveau n’est porteur d’aucun espoir pour les hommes. Les caractères zi 自, « pour lui-même », et kong 空, « vainement », sont particulièrement forts : ils suggèrent que la nature est en définitive indifférente aux hommes ; mais ils renvoient aussi aux sages, que les souverains n’écoutent pas et qui ne servent donc à rien : ils ne sont vertueux que pour eux-mêmes.
- Au v. 5, il est question des visites que Liu Bei fit en 207 à Zhuge Liang pour solliciter ses conseils. Ces visites sont devenues proverbiales (cf. les expressions san gu cao lu 三顧草廬, ou san gu maolu 三顧茅廬, « les trois visites [de Liu Bei] dans la chaumière [de Zhuge Liang, pour solliciter ses conseils)] ». L’attitude de Liu Bei, qui se déplace pour solliciter les conseils de Zhuge Liang, contraste évidemment avec celle des souverains Tang, qui ne daignent pas écouter les conseils que leurs fidèles sujets leur font.
- Les héros du 8e vers sont souvent interprétés par les commentateurs modernes comme les patriotes qui se soucient du sort de la « nation », par opposition aux traîtres, mais aussi aux souverains qui sont sourds aux bons conseils.
- On peut contraster ce poème avec un autre huitain célèbre de Du Fu, « En apprenant que les armées impériales ont repris le Henan et le Hebei », également loué pour son patriotisme, mais beaucoup plus heureux dans le ton. On rapprochera ce poème d’un très célèbre poème de Li Shangyin, « Au Relais de Choubi », où Li Shangyin loue d’une façon très différente Zhuge Liang.
Thèmes
Attributs
- Année de composition : 760
- Forme : qi yan lüshi 七言律詩
- Vers : 8
- Pieds : 7
- Thème : antiquité (Zhuge Liang)
- Lieu : (Sichuan) Chengdu
- Esthétique : 2
- Mode : laudatif, triste
Anthologies : 15/29
- Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), ZhongHu(P), Paihang(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 12 anthologies RPC
- Palmarès (n°44)
- Trad. Bynner 153
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E8%9C%80%E7%9B%B8/160949
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