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杜甫 : 望岳

  1. 岱宗夫如何
  2. 齊魯青未了
  3. 造化鍾神秀
  4. 陰陽割昏曉
  5. 盪胸生曾雲
  6. 決眥入歸鳥
  7. 會當凌絕頂
  8. 一覽衆山小

Du Fu (712-770) : En contemplant le pic sacré

  1. Comment décrire l’Ancêtre de toutes les montagnes?
  2. Verdeur infinie au-dessus des pays de Qi et de Lu!
  3. Ici la Création a concentré les plus merveilleuses beautés!
  4. Ici versant ombré et versant ensoleillé séparent la nuit du jour!
  5. De ma poitrine agitée jaillissent en étages les nuages!
  6. Dans mes yeux écarquillés entrent les oiseaux de retour!
  7. Un jour j’atteindrai le sommet ultime et de tout là-haut,
  8. Je verrai d’un regard à quel point les autres monts sont petits.
    (traduction provisoire)

Notes textuelles

望嶽 ♦ 嶽 (岳) (yuè) (désigne le Taishan)

  1. 岱宗夫如何 ♦ 岱宗 (dài) Taishan / 夫 () (particule) / 夫如何 à quoi ressemble?
  2. 齊魯青未了 ♦ 齊魯 Qi et Lu (de part et d’autre du Taishan) / 青 le vert (du Taishan) / 未了 (wèi liǎo) n’en finit pas
  3. 造化鐘神秀 ♦ 造化 nature / 鐘 (zhōng) rassembler / 神秀 beauté magique du monde, beautés naturelles
  4. 陰陽割昏曉 ♦ 陰陽 sud et nord de la montagne / 昏曉 crépuscule et aube
  5. 蕩胸生層雲 ♦ 蕩 (dàng) agiter / 蕩胸 coeur ému, agité
  6. 決眥入歸鳥 ♦ 眥 () coin de l’oeil, froncer les sourcils / 決眥 faire sortir les yeux des orbites, yeux exorbités, (ici) regarder au loin
  7. 會當凌絕頂 ♦ 會當 il faut (“会当”是唐人口语,意即“一定要”) / 凌 monter sur / 絕 extrême / 凌絕頂 monter tout au sommet
  8. 一覽眾山小 ♦ 覽 (lǎn)

Commentaire

  • Ce poème est un huitain pentasyllabique de style ancien (wu yan gushi) — mais comme le notent plusieurs commentateurs, il se rapproche à certains égards du poème de style régulier (lüshi). Les deux vers des deuxièmes et troisièmes couplets (v. 3-4, 5-6) sont parallèles ; et le poème est rimé aux vers pairs, comme le sont les poèmes réguliers ; en l’occurrence, les rimes sont bien conservées en prononciation moderne (liao / xiao / niao / xiao ; transcription Baxter : -ew).
  • C’est l’un des plus importants poèmes de jeunesse de Du Fu, et l’un des plus célèbres de ses poèmes en général. Il n’a cependant été repris dans aucune des anthologies de poésie datant de la période Tang elle-même (au moins celles qui nous sont parvenues). Il figure en revanche dans les Trois Cents poèmes Tang, et il est largement présent dans les anthologies contemporaines, ainsi que dans les anthologies occidentales de la poésie chinoise.
  • Il s’agit en première apparence d’un poème de paysage louant le mont Tai (Taishan), l’un des « Cinq pics sacrés » de la Chine ancienne. Mais il s’agit aussi d’un poème dans lequel le poète exprime son ambition, plus précisément son désir de servir la dynastie.
  • Le caractère wang 望, « contempler », du titre résume le poème — le poète voit la montagne et la décrit, selon différents points de vue: de loin (v. 1-2), de près (v. 3-4) et subjectivement (v. 5-6); on notera que le caractère wang apparaît dans le titre, mais pas dans le poème lui-même.
  • La question du premier vers manifeste l’enthousiasme empreint de respect du poète; arrivant à proximité de la montagne, il ne sait pas par où commencer sa description, d’où cette question qu’il s’adresse à lui-même. Le troisième caractère, fu, n’a pas de sens précis, mais les commentateurs insistent sur son rôle emphatique; il est « vide » de sens, mais en même temps il est indispensable.
  • Le deuxième vers propose une première réponse à la question, d’une façon à la fois vague et grandiloquente : de partout dans les pays de Qi (au nord) et de Lu (au sud), la montagne paraît « verte à n’en plus finir » (qing wei liao) ; le mot qing, « vert », renvoie à l’aspect de la montagne, l’expression wei liao renvoie à sa taille immense. Qi et Lu sont les anciens noms de régions de l’actuelle province du Shandong, chargées d’histoire, puisqu’en particulier Lu avait été la patrie de Confucius. Notons que si le mont Tai n’est pas très élevé (son principal sommet culmine à un peu plus de 1500 mètres d’altitude), il forme un massif qui tranche de façon spectaculaire avec les paysages par ailleurs relativement plats de la péninsule du Shandong. Le point de vue de Du Fu est à la fois lointain et virtuel : le poète voit la montagne de loin, et il imagine qu’on la voit ainsi de partout dans les pays de Qi et de Lu, ce qui étant donné la surface de ces pays (et en particulier du pays de Qi) est une exagération rhétorique.
  • Les deux premiers vers ont été particulièrement loués par les anciens critiques. Ils ne suggèrent pas seulement la grandeur du mont Tai, mais plus généralement, la majesté de la nature, et cette idée apparaît explicitement dans les vers suivants.
  • Au vers 3, le poète voit dans la montagne un condensé des beautés du monde, rassemblées dans la montagne par la « Création », littéralement, zao hua, un mot à consonance taoïste qui renvoie à la puissance de la Nature à se renouveler spontanément ; même si l’idée ne renvoie pas à l’idée d’une création au sens chrétien du terme, elle n’en suggère pas moins dans certains contextes un étonnement de nature religieuse face à la grandeur du monde et à ses mystères. Cette dimension religieuse est renforcée par le mot shen, « merveilleux », qui renvoie parfois au spirituel, voire au divin; le dernier caractère du vers, xiu, « joli », paraît presque un peu faible dans ce contexte.
  • Le vers 4 décrit un phénomène simple, à savoir le contraste entre le côté (sud) de la montagne, ensoleillé, et son côté (nord) à l’ombre ; mais le poète utilise ce simple jeu de lumières pour faire du mont Tai le lieu de l’opposition fondamentale entre le yin et le yang, soit les deux principes opposés qui sont au centre de la cosmologie chinoise. Il le fait en utilisant ces deux caractères pour décrire les deux versants de la montagne : étymologiquement, le caractère yin désigne l’ubac, soit le côté ombré d’une vallée, son versant nord ; et à l’inverse, le yang désigne l’adret, soit le côté ensoleillé au sud de la montagne, mais ici, les deux caractères sont aussi pris dans leur sens philosophique le plus fort, puisque la montagne « coupe » le crépuscule de l’aube — soit la nuit et le jour. La montagne devient donc bien l’endroit où se joue l’opposition entre jour et nuit, voire entre les saisons, selon ces rythmes naturels si importants dans la cosmologie traditionnelle. Le caractère ge, que nous avons traduit par « séparent », est fort: il signifie « couper », « trancher », ce qui suggère par un autre biais la grandeur de la montagne, si haute qu’elle coupe la lumière du soleil. Le vers 4 suggère donc, sur un plan cosmologique, la centralité du mont Tai et la puissance de la nature qui avaient déjà été évoquées dans le vers précédent. Notons qu’à nouveau, il s’agit moins d’observation que d’imagination — puisque le poète ne se trouve sans doute pas en position d’observer simultanément l’ubac et l’adret de la montagne.
  • Les vers 5-6 sont particulièrement réussis, mais à vrai dire, cela dépend largement de la façon dont on les comprend, plusieurs interprétations étant possibles. Les commentateurs chinois modernes lisent en général ces deux vers ainsi : « Ma poitrine s’émeut au spectacle des nuages qui montent en couches de la montagne / Mes yeux s’écarquillent au spectacle des oiseaux qui s’en reviennent », mais à notre sens, il s’agit d’une interprétation bien timide, et même plate. En réalité, tant la grammaire que le génie de Du Fu paraissent imposer une lecture plus forte, d’où notre traduction: « De ma poitrine agitée jaillissent en étages les nuages ! / Dans mes yeux écarquillés entrent les oiseaux de retour !” Florence Hu-Sterckx traduit ainsi : « Des couches de nuées naissent dans mon coeur ému / Des oiseaux de retour entrent dans mes regards tendus ». Le poète est tellement ravi par la montagne qu’il se confond avec elle, et qu’il peut dire à bon droit que les nuages « sortent » de lui, que les oiseaux « entrent » en lui. Le corps du poète se confond avec celui de la montagne, en une union beaucoup plus taoïste que confucianiste, qui manifeste la correspondance essentielle entre l’ordre naturel et l’ordre humain. Si l’on suit notre lecture, ces deux vers de Du Fu proposeraient donc une description presque kinesthésique de l’effet exercé par le paysage sur le corps du poète — voire une expérience mystique du rapport de l’homme au Monde. En d’autres termes, ce poème possède aussi une dimension philosophique.
  • À noter que les vers 5 et 6 se réfèrent à deux moments différents: les nuages qui montent renvoient plutôt au milieu de la journée (lorsqu’il fait chaud), et c’est plutôt le soir que les oiseaux « rentrent » ; cela pourrait signifier que le poète reste toute la journée sur la montagne (ou aux abords de celle-ci).
  • Les vers 7-8 sont très célèbres, même s’ils sont plus convenus d’un point de vue poétique; l’image de l’ascension à la fin d’un poème est en effet un lieu commun. L’expression hui dang, « il faut absolument », relève semble-t-il de la langue parlée, un registre qui sied au ton très personnel du vers 7 ; ling jue ding, « monter jusqu’au plus haut sommet », suggère la difficulté de la l’ascension, et partant, la détermination du poète. Le dernier vers peut se lire de façon directe, comme une nouvelle expérience du paysage et des montagnes avoisinnantes, qui paraissent petites vues d’en-haut ; mais on peut l’interpéter de façon allégorique, comme une expression, à la fois de l’ambition du poète, qui veut être tout en haut, c’est-à-dire aux côtés de l’empereur, et au-dessus des petits esprits qui gravitent autour de lui, et qui, peut-être, l’empêchent justement d’avancer dans sa carrière d’officiel.
  • Ce poème est à certains égards comparable au poème « Zhongnan shan » de Wang Wei. Mais les deux derniers vers sont très différents.
  • Le mont Tai n’est pas n’importe quelle montagne : célébrer le mont Tai, gravir le mont Tai, c’est partir à l’assaut de la civilisation chinoise tout entière, étant donné l’importance de cette montagne, célèbre en particulier parce que Confucius lui même en aurait effectué l’ascension. Avant Du Fu, d’autres grands poètes avaient célébré cette montagne, en particulier de Xie Lingyun et de Li Bai, mais le poème de Du Fu est le plus célèbre, et il a d’ailleurs été gravé en plusieurs endroits de la montagne au cours des siècles.
  • Notons que Du Fu produisit trois poèmes portant le même nom : le présent poème, sans doute composé en 735 ou 736 (ou peut-être en 744), et consacré donc au mont Tai ; le deuxième a été écrit en 758, avec pour sujet une autre montagne sacrée, le mont Hua (Huashan) ; le troisième, daté de 769, est consacré au mont Heng (Hengshan). Ces trois poèmes a la thématique proche ont été écrits à trois moments différents de la vie de Du Fu, et reflètent dans une certaine mesure l’évolution de son état d’esprit au fil des années.
  • Car dans chacun de ses poèmes, on lit derrière l’éloge aux montagnes sacrées l’état d’esprit du poète, de plus en plus pessimiste. En ce qui concerne le présent poème, il manifeste l’ambition intacte du poète : en 735, il a échoué aux examens, et commence (dès 736) une vie d’errance. Mais à cette époque, il n’est pas encore découragé par l’adversité — et surtout, le pays n’est pas encore plongé dans la désolation accompagnant la révolte d’An Lushan (755-763), dont Du Fu souffrit si directement, et qui imprima à sa poésie cette touche désolée si caractéristique.
  • « En Contemplant la montagne sacrée » (le présent poème) est donc un poème de jeunesse, mais comme le dit Stephen Owen (p. 187), c’est un poème qui manifeste déjà toute la maîtrise d’un poème de maturité.
  • Le poème ne décrit pas à proprement parler la montagne ; l’emphase est sur sa grandeur.
  • Le poème de Du Fu possède indubitablement une valeur « nationale », avec un ton exalté qui manifeste à la fois le patriotisme de Du Fu et son ardent désir de servir le pays — même s’il convient de ne pas lire ce patriotisme dans des termes trop modernes. Le caractère wang du titre signifie « contempler », mais il signifie aussi « espérer », ce qui peut aussi renvoyer à l’ambition du poète.
  • Une question intéressante, dans ce poème, est celle du point de vue. Nous l’avons dit, le poète décrit la montagne selon diverses perspectives. Mais le poète monte-t-il seulement sur la montagne? Le dernier couplet suggère que non. Il est d’ailleurs difficile de répondre de façon littérale à une telle question, le Mont Tai étant un massif susceptible d’être abordé de toutes sortes de manières.
  • Plusieurs commentateurs comparent la grandeur du poème à la grandeur du Taishan. On peut en tout cas comparer l’ambition du poète à la majesté de la montagne.

Thèmes

Attributs

  • Année de composition : 736
  • Forme : wu yan gushi 五言律詩
  • Thème : nature
  • Lieu : (Shandong) Taishan
  • Esthétique : 1
  • Mode : laudatif

Anthologies : 13/29

  • Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), Paihang(P)
  • Trois cents poèmes des Tang
  • 9 anthologies RPC
  • Palmarès (n°53)
  • Trad. OwenGreat 187, Hu-Sterk 392, Chapuis I.2

Lien externe