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杜牧 : 江南春

  1. 千里鶯啼綠映紅
  2. 水村山郭酒旗風
  3. 南朝四百八十寺
  4. 多少樓臺煙雨中

Du Mu (803-852?) : Printemps dans le Jiangnan

  1. Sur mille lieues le chant des loriots, et des reflets rouges dans le vert :
  2. Un village sur l’eau, sa palissade contre la colline, une enseigne de taverne dans le vent…
  3. Des quatre cent quatre-vingts monastères des dynasties du sud,
  4. Tant de terrasses et pavillons saisis dans les nuées pluvieuses !
    (traduction provisoire)

Notes textuelles

江南春

  1. 千里鶯啼綠映紅 ♦ 鶯 (yīng) loriot / 啼 () / 映 (yìng) briller / 綠映紅 mélange de vert (saules, etc.) et de rouge (fleurs)
  2. 水村山郭酒旗風 ♦ 郭 (ici) petite ville / 酒旗 () enseigne
  3. 南朝四百八十寺 ♦ 四百八十寺 (les souverains des dynasties du Sud ont érigé beaucoup de temples bouddhistes)
  4. 多少樓臺煙雨中 ♦ 多少樓臺煙雨中 pour la plupart les temples sont pris dans la brume et la pluie

Commentaire

  • Ce quatrain heptasyllabique est le plus célèbre des poèmes de Du Mu, l’un des deux plus grands poètes de la fin des Tang (avec Li Shangyin).
  • Ce poème propose une description considérée comme typique des paysages du Jiangnan (soit la région du cours inférieur du Yang-tsé), plus précisément la région de l’actuelle Nankin (Jiangsu).
  • Cela ne signifie pas forcément que le poète se situe devant ce paysage au moment où il compose son poème. Cf. notre document sur le rapport des poètes au paysage (topicality).
  • D’après certaines sources historiques, il y aurait eu plus de 500 temples construits à Jiankang (Nankin), la capitale de l’Empereur Wudi des Liang 梁武帝 (r. 502-549), grand patron du bouddhisme.
  • Ce poème, comme d’autres poèmes de Du Mu, parvient avec une extraordinaire économie de moyens (24 caractères !) à suggérer à la fois le paysage en tant que tel, et l’effet des monastères dans ce paysage.
  • Le premier vers est plutôt serein, avec le chant des loriots, et les couleurs dans les arbres. À noter que le texte parle de « vert » et de « rouge », mais les feuilles et les fleurs qualifiées de la sorte ne sont pas explicitement mentionnées.
  • Les commentateurs anciens se sont querellés sur les « mille lieues » de ce vers, certains estimant qu’à une telle distance, le poète ne pouvait entendre les loriots ou distinguer les fleurs contres les arbres. D’autres ont objecté, sans doute à juste titre, que le poète caractérise ici son champ de vision, si vaste qu’il lui permet d’embrasser les arbres près de lui, mais aussi, au loin, les arbres, le village au bord de l’eau, mais encore les temples au loin. Huang Zhouxing 黄周星, un exégète Qing, juge non sans humour que « si l’on dessinait ce poème sur un paravent, vingt battants n’y suffiraient pas » 若将此诗画作锦屏,恐十二扇铺排不尽.
  • Le deuxième vers s’attache à l’eau, à la petite ville murée au bord de l’eau, et à un fanion d’auberge qui flotte dans le vent. Du Mu appréciait les tavernes – son poème le plus célèbre en l’espèce étant « La Fête de pure lumière ».
  • Les « quatre cent quatre-vingts temples » du troisième vers ne sont pas forcément à prendre au sens littéral. Un commentateur ancien note le goût du poète pour les chiffres dans ses poèmes. À noter l’opposition entre les tripots d’alcool et les temples, les premiers dans le vent, les seconds dans la pluie.
  • Plusieurs interprètes anciens se demandent si le poète voit vraiment ces temples et terrasses, non seulement parce qu’elles sont prises dans la pluie et la brume, mais peut-être fondamentalement, parce que la plus grande partie n’existait sans doute plus à la fin des Tang.
  • À l’époque contemporaine en Chine communiste, on lit assez facilement ce poème comme une critique de Du Mu contre les anciens souverains, leurs superstitions et leurs dépenses inutiles pour des constructions de toute façon destinées à disparaître. Dans ce sens, dans le dernier vers, les caractères duo shao lou tai 多少樓臺, que nous avons traduit par « tant de terrasses », devraient se comprendre comme une question : « combien de terrasses ? », avec l’idée qu’il n’y en a plus beaucoup… Du Mu pourrait avoir été mû dans ce sens par la politique religieuse de l’empereur Xianzong 憲宗 (r. 805-820), célèbre pour son soutien au bouddhisme. En 845, soit quelques années après la (probable) date de composition de ce poème, l’Empereur Wuzong 武宗 annonça l’interdiction du bouddhisme en Chine, d’ailleurs plus pour des raisons financières (mettre la main sur l’énorme fortune des monastères bouddhistes) que religieuses.
  • Une interprétation politique de ce quatrain ne s’accorde pas bien avec le changement de registre entre les deux premiers vers plutôt enjoués, et les deux derniers vers qui seraient donc polémiques. Elle n’est pas impossible, mais elle affaiblit la force poétique du poème, en transformant une (très belle) description de paysage en une sorte de leçon de morale…

Thèmes

Attributs

  • Année de composition: 833
  • Forme: qi yan jueju 七言絕句
  • Vers : 4
  • Pieds : 7
  • Thèmes: paysage (émotions)
  • Lieu : Jiangnan
  • Esthétique : 1
  • Mode: triste

Anthologies : 18/29

  • Cdj(T), Qianjia(Q), Biecai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), WanTang(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), XiaoZhonghua(P), XiaoLiu(P), XiaoZheng(P), Paihang(P)
  • Tang / Qing / Rép / RPC
  • 13 anthologies RPC
  • 4 anthologies scolaires
  • Palmarès (n° 61)
  • Trad. Demiéville 334, Hu-Sterk 477

Liens externes