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杜牧 : 早雁

  1. 金河秋半虜弦開
  2. 雲外驚飛四散哀
  3. 仙掌月明孤影過
  4. 長門燈暗數聲來
  5. 須知胡騎紛紛在
  6. 豈逐春風一一回
  7. 莫厭瀟湘少人處
  8. 水多菰米岸莓苔

Du Mu (803-852?) : Oies du matin

  1. Près de la Rivière d’Or les barbares bandent leurs arcs dans le plein automne,
  2. Surprises dans leur vol par-delà les nuages, les oies se dispersent lugubrement.
  3. Une ombre solitaire passe dans la pleine lune au-dessus de la Paume des immortels,
  4. Quelques cris retentissent au-dessus des faibles lanternes du Palais Changmen.
  5. Vous savez évidemment que les cavaliers barbares sont partout,
  6. Alors pourquoi, les unes après les autres, revenir ici avec le vent du printemps ?
  7. Ne méprisez pas les régions moins peuplées de la Xiao et de la Xiang :
  8. Les eaux y abondent en riz sauvage et leurs rives sont couvertes de mousses.
    (traduction provisoire)

Notes textuelles

早雁

  1. 金河秋半虜弦開 ♦ 金河 (dans l’actuelle Mongolie intérieure ; désigne ici les frontières nord) / 秋半 (8e mois) / 虜 () l’ennemi, les barbares / 弦開 (xián kāi) les arcs sont tirés (désigne le bruit des flèches de chasse + les opérations ouïgoures)
  2. 雲外驚飛四散哀 ♦ 外 (一作際) / 雲外驚飛 (qualifie le vol des oies) / 哀 (āi) (elles poussent un cri désolé)
  3. 仙掌月明孤影過 ♦ 仙掌 Paume des Immortels (miroir cosmique installé à Chang’an sous le règne de l’Empereur Wudi, qui voulait recueillir la « rosée céleste » d’immmortalité ; désigne ici la capitale) / 孤影過 l’ombre solitaire (d’une oie) passe
  4. 長門燈暗數聲來 ♦ 長門 (non d’un palais Han ; l’impératrice Chen y vécut lorsqu’elle tomba en disgrâce)
  5. 須知胡騎紛紛在 ♦ 須知胡騎紛紛在 (一作雖隨胡馬翩翩去) / 紛紛 (fēnfēn) nombreux
  6. 豈逐春風一一回 ♦ 逐春風 avec le vent du printemps / 一一回 retourner une à une
  7. 莫厭瀟湘少人處 ♦ 莫厭 (一作好是) il ne faut pas abandonner / 瀟湘 la Xiao et la Xiang (dans l’actuel Hunan)
  8. 水多菰米岸莓苔 ♦ 菰米 (gūmǐ) riz sauvage / 莓苔 (méitāi) lichen / 水多菰米岸莓苔 (l’eau et les rives abondent en nourriture pour les oiseaux)

Commentaire

  • Ce huitain régulier heptasyllabique figure déjà dans une anthologie de la dynastie des Tang, ce qui suggère que ce poème était déjà connu quelques décennies après la mort du poète. Il a été repris dans de nombreuses anthologies par la suite, dont celle des Trois cents poèmes des Tang. Le Palmarès de Wang Zhaopeng le classe au 94e rang des cent poèmes les plus influents de la dynastie.
  • Ce poème relève en première apparence au genre de « l’éloge de choses » (yong wu ti 詠物體), soit des pièces consacrées à des animaux, des phénomènes naturels, voire de simples objets. En l’occurrence, ce huitain prend pour sujet les oies sauvages qui à l’automne migrent vers le sud ; elles ne reviendront qu’après les grands froids, avec le « vent du printemps ».
  • À un deuxième niveau, comme c’est souvent le cas des poèmes de choses, ce huitain peut se lire d’une façon allégorique : l’évocation des oies sert à faire passer un message politique ; le poème parle apparemment d’oiseaux, mais en réalité il traite des affaires humaines.
  • Dans le premier distique, le tir des « barbares » sème la déroute parmi les oies : on peut y lire une allusion aux guerres que l’Empire mène en Asie centrale contre les « Tartares » (selon les époques, les Turcs, les Tibétains, les Ouïghours, etc.). La tristesse des oies renvoie aux épreuves des soldats sur le terrain ou à celle des populations déplacées par les conflits.
  • Dans le deuxième distique, une oie isolée passe au-dessus de la capitale, Chang’an, en projetant une ombre lugubre, en lançant un cri désemparé. Elle survole des palais, donc celui de Changmen, qui renvoie à l’impuissance et l’infortune des épouses abandonnées – sans doute une métaphore pour les sujets que l’Empire a oubliés. Les deux palais mentionnés dans le distique renvoient à l’Empereur Wudi (r. 141-87 AEC), l’un des plus grands souverains de la dynastie Han, mais dont la politique dispendieuse et les quêtes insensées (comme celle de l’immortalité) ruinèrent l’Empire ; la figure de ce souverain est souvent utilisée sous les Tang de façon détournée, pour critiquer les souverains Tang, et plus particulièrement l’Empereur Xuanzong. Ce distique suggère que les soldats qui se battent dans la steppe n’ont pas grand-chose à espérer du côté de la capitale : le gouvernement central n’a ni les moyens, ni même la volonté de défendre correctement les frontières.
  • Étant donné ces circonstances, le poète s’étonne, dans le troisième distique, de la persévérance avec laquelle les oies, une fois le printemps venu, reviennent dans le nord, où pourtant elles sont constamment confrontées au danger. Il leur conseille de s’établir durablement au sud, en l’occurrence le pays de Chu (correspondant pour l’essentiel aux provinces actuelles du Hubei et du Hunan), certes moins peuplé, mais où la nourriture abonde. À un deuxième niveau, le poète manifeste peut-être ici sa compassion pour les populations déplacées qui fuient les guerres pour s’établir dans le sud.
  • Le parallélisme des v. 5-6 est de type « coulant » (liushuidui 流水對) : les deux vers sont organisés de manière parallèle (xu 須 / qi 豈 , zhi 知 / zhu 逐, huqi 胡騎 / chunfeng 春風, fenfen 紛紛 / yi yi 一一, zai 在 / hui 回), mais ils forment deux propositions qui ne sont pas sur le même plan : la première (v. 5) est une affirmation, la seconde est la question qui en découle (v. 6).

Thèmes

Attributs

  • Année de composition : 842
  • Forme : qi yan lüshi 七言律詩
  • Vers : 8
  • Pieds : 7
  • Thème : frontières, nostalgie (du pays natal)
  • Lieu : (Mongolie)
  • Esthétique : 1
  • Mode : triste

Anthologies : 11/29

  • Cdj(T), Biecai(Q), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), WanTang(P), Gushi(P), Cidian(P), Quan(P), Pingjian(P), Paihang(P)
  • Tang / Qing / Rép / RPC
  • 8 anthologies RPC
  • Palmarès (n°94)
  • Trad. Splendor 239, Hu-Sterk 480

Lien externe