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韓翃 : 寒食
- 春城無處不飛花
- 寒食東風禦柳斜
- 日暮漢宮傳蠟燭
- 輕煙散入五侯家
Han Hong (fl. 754) : Repas froid
- La capitale au printemps, et les fleurs qui s’envolent partout.
- Le vent de l’est courbe les saules impériaux, c’est la fête des repas froids.
- Au coucher du soleil, on transmet des chandelles à la cour des Han,
- Et une fumée légère se répand dans les demeures des cinq marquis.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
寒食 ♦ 寒食 repas froid (la veille de la fête qingming)
- 春城無處不飛花 ♦ 飛花 (一作開花)
- 寒食東風禦柳斜 ♦ 御柳 (yùliǔ) saules du palais impérial / 斜 (xié, prononcé xí ici?) s’incliner
- 日暮漢宮傳蠟燭 ♦ 日暮 (一作一夜) / 漢宮 (désigne le palais impérial Tang) / 傳 donner / 蠟燭 (làzhú) bougies (que normalement on n’a pas le droit d’utiliser en ce jour)
- 輕煙散入五侯家 ♦ 輕煙 (一作青煙) / 五侯 cinq marquis (fieffés par l’Empereur Chengdi des Han): désigne ici tous les proches ou les favoris de l’Empereur
Commentaire
- Ce très célèbre quatrain heptasyllabique est le plus connu de Han Hong, un poète qui appartient à la période poétique du « milieu des Tang » (zhong Tang 中唐). Certains interprètes considèrent qu’il a été composé à l’époque de l’Empereur Xuanzong, d’autres à l’époque de l’Empereur Dezong 德宗 (r. 779-805), avec selon les cas des interprétations différentes.
- Il décrit Chang’an au moment de la Fête Qingming (« Pure clarté »), qui tombe le premier jour de la période du même nom, soit autour du 5 avril. Sous les Tang, c’était une période où l’on vénérait les ancêtres et s’occupait remettre en état les tombes. Le début de la période correspond à la Fête de la Nourriture froide (hánshí 寒食), où tout feu était interdit, que ce soit pour chauffer la nourriture ou allumer des bougies (han shi jin huo 寒食禁火). Mais à la cour impériale, on distribue quand même des bougies, et dans les « demeures des marquis » (les élites favorisées par l’Empereur) on ne se prive pas de les utiliser…
- Le poème affecte de traiter de la dynastie Han : il est question des « Palais Han » et des « Cinq marquis », qui renvoient à cette dynastie, et les Notes diverses sur la capitale de l’Ouest (Xijing zaji 西京雜記), une collection d’anecdotes datant du début des Han postérieurs, mentionnent déjà que l’Empereur offrait des bougies aux grandes familles à l’occasion de cette fête, en les dispensant donc d’obéir à l’interdit. La pratique semble avoir été reprise par les souverains Tang, et c’est bien évidemment à ces derniers que le poème s’adresse. Certains commentateurs ont expressément identifié les « cinq marquis » aux grands clans de l’époque de Xuanzong, et en particulier le clan Yang, d’où était issue Yang Guifei, la concubine favorite de l’Empereur.
- Au premier vers, le poème dit littéralement qu’« il n’y a pas d’endroit où ne volent pas les fleurs », une double négation qui renforce le propos. Si ce vers évoque la ville dans son ensemble, le second vers se focalise sur le palais impérial et ses arbres – dans un autre contexte, les saules courbés par le vent pourraient évoquer les bourrasques parfois désagréables du printemps, mais ce n’est pas le cas ici étant donné l’atsmosphère générale du poème.
- Les commentateurs soulignent le judicieux choix du mot fei 飛, « voler », au premier vers, pour décrire les fleurs : de la sorte, le vers résonne avec le « vent » du deuxième vers. Dans une autre version, certainement moins heureuse, le fei 飛, « voler », est remplacé par kai 開, s’ouvrir : « partout les fleurs éclosent ».
- De la même manière, le « vent de l’est » (dong feng 東風) du deuxième vers résonne avec le printemps du premier vers – au printemps, le vent vient de l’est (alors qu’il vient du nord à la saison froide).
- Toutes sortes de pratiques culturelles impliquent le saule en Chine ancienne, la plus connue étant celle d’offrir des branches de cet arbre à l’ami ou au parent sur le point de partir (en jouant sur l’homophonie entre liu 柳, « saule » et liu 留, « rester »). Au moment de la Fête de la Nourriture froide, peut-être en souvenir des absents, on avait coutume de couper des branches de saule pour les coincer sur les portes (cha liu 插柳), en garnir les tombes, ou plus simplement, ses cheveux ou ses vêtements (cf. 寒食节的寓意有哪些,寒食节有什么象征意义_社会_中国_节日) : selon une explication, le saule étant associé au printemps, et cette pratique permettait de passer d’une façon faste du printemps à la saison verte (fin du printemps et été) ; selon une autre explication, le saule pouvait tenir à l’écart les démons. Le saule était aussi utilisé pour qualifier la beauté d’une jeune fille (et des parties de son corps) ; l’arbre étant associé au printemps, il est également associé aux élans amoureux et au sexe.
- L’Empereur offrait aussi du bois de saule (ou d’orme, yu 榆) qu’on perçait, de façon à obtenir par frottement des braises (xin huo 新火) ; peut-être l’Empereur offrait-il aussi du bois de ses saules pour allumer les bougies du vers suivant.
- Si le premier couplet décrit jolimement la capitale au printemps, le deuxième couplet est plus original. Commençons par noter la différence temporelle : les deux premiers vers décrivent clairement un spectacle diurne, alors qu’ici, la nuit est en train de tomber. En offrant les chandelles, l’Empereur donne implicitement la permission à ceux qu’il gratifie de cette faveur de ne pas respecter l’interdiction du feu ; il s’agit aussi d’un honneur, qui distingue le bénéficiaire de la faveur impériale du reste de la population. Le mot chuan 傳, que nous avons traduit par « transmet » suggère un certain ordre dans une pratique sans doute ritualisée, et qui permet aussi de manifester les hiérarchies, entre les premiers servis, ceux qui viennent ensuite, et l’immense majorité qui est laissée de côté. Selon certains commentaires, la distribution aurait été le fait d’eunuques montés à cheval, et on peut imaginer l’excitation dans les demeures ainsi honorées. En tout cas, le contraste entre les demeures illuminées et le reste de la ville plongée dans l’obscurité devait être frappant, et montrer de la façon la plus évidente la hiérarchie entre ceux qui entraient dans les bonnes grâces du souverain et ceux qu’il oubliait.
- Le premier couplet décrit la capitale sous un jour heureux, ce qui ne pouvait que plaire à l’Empereur et aux élites, promptes à y lire une forme de compliment à l’endroit de leur politique. Le second couplet peut se lire comme une satire : critique-t-il les privilèges des puissants ? Dénonce-t-il les inégalités entre les privilégiés et les autres ? Ou ne faut-il voir dans ce quatrain qu’un simple poème d’ambiance, lors d’un jour de printemps particulier ? Sur ce point, les commentateurs ne sont pas tous d’accord. En tout cas, s’il y a une connotation critique, elle est suffisamment légère pour que l’Empereur et ses protégés aient pu feindre de ne pas la remarquer. Selon certains commentateurs, l’Empereur Dezong apprécia suffisamment le poème pour récompenser le poète et lui offrir un poste dans son administration. Cette ambiguïté n’est pas pour rien dans le charme, et sans doute le succès, de ce bref poème.
Thèmes
- Fêtes et nouvelle année
- Alimentation
- Empereur (critique)
- Elites capricieuses
- Printemps
- Soir et couchant
- Tang et Han
- Saules
- Yang Guifei
- Poèmes faciles
Attributs
- Année de composition : ??
- Forme : qi yan jueju 七言絕句
- Vers : 4
- Pieds : 7
- Thème : critique de la cour (de l’Empereur)
- Lieu : (Shaanxi) Chang’an
- Esthétique : 2
- Mode: critique
Anthologies : 17/29
- Cdj(T), Qianjia(Q), Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), XiaoLiu(P), XiaoZheng(P), Paihang(P)
- Tang / Qing / Rép / RPC
- Trois cents poèmes des Tang
- 12 anthologies RPC
- 2 anthologies scolaires
- Palmarès (n°35)
- Trad. OwenGreat 270
Lien externe
- La page de l’encyclopédie Baidu sur ce poème : https://baike.baidu.hk/item/%E5%AF%92%E9%A3%9F/2692350