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韓愈 : 山石
- 山石犖确行徑微
- 黃昏到寺蝙蝠飛
- 升堂坐階新雨足
- 芭蕉葉大支子肥
- 僧言古壁佛畫好
- 以火來照所見稀
- 鋪床拂席置羹飯
- 疏糲亦足飽我饑
- 夜深靜臥百蟲絕
- 清月出嶺光入扉
- 天明獨去無道路
- 出入高下窮煙霏
- 山紅澗碧紛爛漫
- 時見松櫪皆十圍
- 當流赤足蹋澗石
- 水聲激激風吹衣
- 人生如此自可樂
- 豈必局束為人鞿
- 嗟哉吾黨二三子
- 安得至老不更歸
Han Yu (768-824) : Pierres de montagne
- Par d’étroits sentiers au milieu de pierres de montagne rugueuses,
- J’arrive au monastère au crépuscule, dans le vol de chauve-souris.
- Je monte dans la salle et m’assieds sur les marches encore trempées d’une pluie
- Qui a ouvert les feuilles de bananier et engraissé les gardénias.
- Le moine me dit que les vieilles fresques de Bouddhas sont belles,
- Il les éclaire d’une torche et ce que je vois est exceptionnel.
- Il fait mon lit, époussette la natte, me sert une épaisse soupe
- Et un riz rustique qui suffit à me rassasier.
- La nuit est avancée et les insectes se sont tus, je repose sereinement,
- Tandis que lune claire jaillit derrière une crête et entre par la porte.
- À l’aube je m’en vais seul, sans distinguer le chemin,
- Entrant et sortant, montant et descendant dans des brumes sans fin.
- La montagne est rouge, les rivières sont vertes, tout étincelle,
- Je tombe sur des chênes et des pins dont les troncs font dix brasses,
- Pieds nus contre le courant je marche sur les cailloux,
- L’eau coule bruyamment, le vent agite mes habits.
- Pour se réjouir, c’est ainsi que l’homme doit vivre !
- Pourquoi devoir se restreindre et se laisser brider par les autres ?
- Hélas, que ne peut-on avec deux ou trois amis chers
- Jusqu’à la vieillesse, ne plus jamais s’en retourner ! (traduction provisoire)
Notes textuelles
山石
- 山石犖確行徑微 ♦ 犖確 (luòquè) rugueux, inégal / 微 (wēi) étroit
- 黃昏到寺蝙蝠飛 ♦ 蝙蝠 (biānfú)
- 升堂坐階新雨足 ♦ 新雨足 il vient de tomber une bonne pluie
- 芭蕉葉大梔子肥 ♦ 芭蕉葉 (bājiāo) feuilles de bananier (grossies par la pluie) / 梔子 (zhī) gardénia; mûrier
- 僧言古壁佛畫好
- 以火來照所見稀 ♦ 稀 (xī) vague / pas grand-chose
- 舖床拂席置羹飯 ♦ 舖 = 铺 (pū, pù) étendre, préparer / 拂 (fú) balayer, brosser / 置 (zhì) offrir, fournir / 羹飯 (gēng) soupe
- 疏糲亦足飽我饑 ♦ 疏糲 (shūlì) riz grossier (grossièrement décortiqué), nourriture rustique / 飽 (bǎo) rassasier / 饑 (jī) faim
- 夜深靜臥百蟲絕 ♦ 百蟲絕 les insectes se sont tus
- 清月出嶺光入扉 ♦ 嶺 (lǐng) chaîne de montagnes / 扉 (fēi) battant de porte, porte à un seul battant
- 天明獨去無道路 ♦ 無道路 (le poète ne voit pas le chemin à cause des brumes matinales)
- 出入高下窮煙霏 ♦ 出入高下 (suggère les mouvements du chemin) / 窮 partout / 煙霏 (yānfēi) brumes, vapeurs
- 山紅澗碧紛爛漫 ♦ 紅 (à cause des fleurs ?) / 澗 (jiàn) / 紛 (fēn) nombreux, riche / 爛漫 (lànmàn) brillant, étincelant
- 時見松櫪皆十圍 ♦ 櫪 = 櫟 (lì) chêne / 圍 (wéi) embrasser des deux bras
- 當流赤足蹋澗石 ♦ 當流 face au courant, arriver à une rivière, traverser / 蹋 (tà) marcher sur
- 水聲激激風吹衣 ♦ 激激 (jī) (onomatopée: bruit d’une fort courant)
- 人生如此自可樂
- 豈必局束為人鞿 ♦ 局束 = 拘束 (jū) réprimer, restreindre / 鞿 (jī) rênes, mors
- 嗟哉吾黨二三子 ♦ 嗟哉 (jiē zāi) hélas! / 吾黨二三子 mes amis
- 安得至老不更歸 ♦ 不更歸 (gèng) ne pas retourner (chez soi, dans la nature)
Commentaire
- Ce poème heptasyllabique à l’ancienne est l’un des plus connus de Han Yu. Il a été très fréquemment retenu dans les anthologies, en particulier celle des Trois cents poèmes des Tang. Il figure à la 72e place dans le Palmarès de la poésie Tang de Wang Zhaopeng.
- Le titre du poème n’est pas vraiment un titre : il reprend simplement les deux premiers caractères du premier vers, shan shi 山石 « Pierres de montagne ».
- Han Yu a peut-être composé ce poème à l’occasion d’un passage au temple Huilin 惠林寺 (près de Luoyang). Il décrit l’arrivée du poète (v. 1-4), son séjour dans le temple (v. 5-10), et son départ (v. 11-16), depuis le crépuscule jusqu’au matin. Il se termine par son regret de ne pouvoir vivre toujours ainsi, libéré des entraves de la vie sociale (v. 17-20).
- Ce poème évoque un temple bouddhiste, un moine, et des peintures de Bouddha, mais il ne faut pas surestimer la sympathie de Han Hu pour le bouddhisme. Il connaît manifestement les textes bouddhiques et fréquente parfois des milieux bouddhistes (comme c’est le cas ici), mais à la fin de sa vie au moins il critique frontalement cette religion, d’un point de vue confucianiste, avec en particulier en 819 son célèbre « Mémoire sur l’os de Bouddha » (« Fo gu biao » 佛骨表), dans lequel il s’indigne de l’influence de cette pensée « barbare » en Chine.
- La tentation de la retraite, dans le présent poème, n’est d’ailleurs pas véritablement bouddhiste ; on n’y trouve aucun des accents religieux de certaines pièces de Wang Wei, par exemple (cf. le poème « Passant par le Temple Xiangji ».
Thèmes
Attributs
- Année de composition : 801
- Forme : qi yan gushi 七言古詩
- Vers : 20
- Pieds : 7
- Thème : érémitisme, paysage
- Lieu : Henan (près de Luoyang)
- Esthétique : 1
- Mode : heureux
Anthologies : 14/29
- Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), Paihang(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 10 anthologies RPC
- Palmarès (n°72)
- Trad. Demiéville 305
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E5%B1%B1%E7%9F%B3/59294