Catégorie A ♦ Gushi ♦ TSSBS ♦ Palmarès ♦ Scolaire
李白 : 夢游天姥吟留別
- 海客談瀛洲
- 煙濤微茫信難求
- 越人語天姥
- 雲霞明滅或可覩
- 天姥連天向天橫
- 勢拔五嶽掩赤城
- 天台四萬八千丈
- 對此欲倒東南傾
- 我欲因之夢吳越
- 一夜飛度鏡湖月
- 湖月照我影
- 送我至剡溪
- 謝公宿處今尚在
- 淥水蕩漾清猨啼
- 腳著謝公屐
- 身登青雲梯
- 半壁見海日
- 空中聞天雞
- 千巖萬轉路不定
- 迷花倚石忽已暝
- 熊咆龍吟殷巖泉
- 慄深林兮驚層巔
- 雲青青兮欲雨
- 水澹澹兮生煙
- 列缺霹靂
- 丘巒崩摧
- 洞天石扉
- 訇然中開
- 青冥浩蕩不見底
- 日月照耀金銀臺
- 霓爲衣兮風爲馬
- 雲之君兮紛紛而來下
- 虎鼓瑟兮鸞迴車
- 仙之人兮列如麻
- 忽魂悸以魄動
- 怳驚起而長嗟
- 惟覺時之枕席
- 失向來之煙霞
- 世間行樂亦如此
- 古來萬事東流水
- 別君去兮何時還?
- 且放白鹿青崖間
- 須行即騎訪名山
- 安能摧眉折腰事權貴
- 使我不得開心顏
Li Bai (701-762) : Voyage en rêve dans les Monts Tianmu – en guise de chant d’adieu
- Ceux qui ont voyagé sur la mer ont mentionné l’île de Yingzhou,
- Mais elle demeure insaisissable dans le flou des nuées et des vagues.
- Les gens de Yue parlent des monts Tianmu,
- Que par intermittences on voit jaillir des nuages irisés.
- Les monts Tianmu touchent au ciel et le fendent tout droit,
- Dépassant les Cinq pics sacrés et éclipsant le Mont de la Cité pourpre.
- Les monts Tiantai qui pourtant s’élèvent à quarante-huit mille toises,
- Paraissent s’écraser vers le sud-est en comparaison des monts Tianmu.
- Voilà qui me fait rêver aux pays de Wu et de Yue,
- Et me voilà volant par-dessus le lac du Miroir, illuminé par la lune,
- La lune sur le lac illumine mon ombre
- Et m’accompagne jusqu’à la rivière Shan.
- L’ancienne demeure de Monsieur Xie s’y trouve encore,
- L’eau limpide ondule, les gibbons poussent des cris perçants.
- Avec aux pieds les sabots de Monsieur Xie,
- Je gravis les escaliers qui mènent aux nuages bleutés ;
- À mi-pente je vois le soleil surgissant de la mer,
- Dans les airs j’entends le Coq céleste.
- Mille falaises, dix mille tournants, mon chemin n’est pas assuré !
- Ensorcelé par les fleurs, m’appuyant sur les rochers,
- …
(traduction provisoire)
Notes textuelles
夢游天姥吟留別 ♦ 天姥 Tiānmǔ = 天姥山 Monts Tianmu (lieu saint du taoïsme, au nord-ouest de l’actuel Zhejiang) / 吟 (type de chant) / 留別 adieux, souvenir donné au moment du départ
- 海客談瀛洲 ♦ 海客 marin, voyageur / 瀛洲 Yíngzhōu (l’une des trois montagnes des immortels, dans la Mer de l’est)
- 煙濤微茫信難求 ♦ 濤 (tāo) vague / 微茫 (wēimáng) flou, brumeux / 信 vraiment / 海客談瀛洲, 煙濤微茫信難求 les marins parlent des îles des immortels, mais en raison des vagues et des brumes elles sont difficiles à trouver
- 越人語天姥 ♦ 越 Yue (région sud-est de la Chine, actuel Zhejiang) / 語 parler de
- 雲霞明滅或可睹 ♦ 雲霞 (一作雲霓) (xiá) nuages colorés / 明滅 (miè) qui apparaît et disparaît / 或 parfois / 可睹 on peut voir (la montagne par intermittences)
- 天姥連天向天橫 ♦ 連天 toucher le ciel / 向天橫 (héng) couper droit le ciel
- 勢拔五嶽掩赤城 ♦ 勢 (shì) configuration de la montagne / 拔 (bá) dépasser / 五嶽 (yuè) les Cinq Pics sacrés / 掩 (yǎn) couvrir, masquer / 赤城 Mont de la Cité pourpre (nom d’une montagne, dans l’actuel Zhejiang, appelée ainsi en raison des teintes rouges de certaines de ses pentes)
- 天台四萬八千丈 ♦ 天台 les monts Tiantai (à l’est de l’actuel Zhejiang) / 四 (一作一) / 丈 (zhàng) toise (env. 3 mètres)
- 對此欲倒東南傾 ♦ 對此欲 mais face à la montagne Tianmu on dirait qu’il veut… / 欲 (一作絕) / 倒 tomber / 傾 (qīng) s’incliner (il semble s’écrouler)
- 我欲因之夢吳越 ♦ 因之 à cause de cela (en me fondant sur ces descriptions) / 吳 Wú (région est de la Chine, actuel Jiangsu) / 夢吳越 je rêve que je voyage à Wu et à Yue
- 一夜飛度鏡湖月 ♦ 鏡湖 (jìng) lac du Miroir (autre nom du lac Jian 鑑湖, à l’ouest de l’actuelle Shaoxing. aujourd’hui largement comblé)
- 湖月照我影
- 送我至剡溪 ♦ 剡溪 la Shàn (rivière près de l’actuelle Shaoxing)
- 謝公宿處今尚在 ♦ 謝公 Monsieur Xie (le poète Xie Lingyun, 385-433) / 宿處 l’endroit où avait résidé (Xie Lingyun)
- 淥水盪漾清猿啼 ♦ 淥 (lù) clair / 蕩漾 (dàngyàng) onduler / 清 net, perçant / 猿 (yuán) grand singe (singes sans queue : gibbon, etc.) / 啼 (tí) pleurer
- 腳著謝公屐 ♦ 著 (zhuó) revêtir, enfiler / 屐 (jī) sabot, sandales (spéciales de Xie Lingyun)
- 身登青雲梯 ♦ 青雲梯 (tī) chemin raide qui mène au ciel (au sommet de la montagne)
- 半壁見海日 ♦ 半壁 (bì) à mi-chemin sur la pente / 海日 le soleil qui monte de la mer (lever)
- 空中聞天雞 ♦ 天雞 coq céleste, oiseau fabuleux qui annonce le lever du soleil (et que tous les coqs imitent)
- 千巖萬轉路不定 ♦ 巖 (yán) roc, rocher, falaise / 萬轉 (一作萬壑 : 壑 (hè) ravin)
- 迷花倚石忽已暝 ♦ 迷花 charmé par les fleurs / 倚石 (yǐ) m’appuyant sur les pierres / 暝 (míng) couchant, sombre
- 熊咆龍吟殷巖泉 ♦ 咆 (páo) rugir / 殷 (yǐn) ébranler, faire vibrer / 巖泉 (yán quán) les falaises et les sources
- 慄深林兮驚層巔 ♦ 慄 (栗) (lì) faire trembler / 驚 (jīng) surprendre / 層巔 (céng diān) rangées de pics
- 雲青青兮欲雨 ♦ 青青 noir, sombre
- 水澹澹兮生煙 ♦ 澹澹 (dàn) onduler (flots), agité
- 列缺霹靂 ♦ 列缺 (quē) fentes dans le ciel –> éclairs / 霹靂 (pīlì) tonnerre
- 丘巒崩摧 ♦ 丘巒 (qiūluán) collines et montagnes (chaînes) / 崩 (bēng) s’effondrer / 摧 (cuī) détruire
- 洞天石扉 ♦ 洞天 ciel-grotte (occupé par des immortels) / 石扉 (一作石扇, battant de porte en pierre) / 扉 (fēi) porte (à un seul battant)
- 訇然中開 ♦ 訇然 (hōng) (la porte s’ouvre) avec fracas
- 青冥浩蕩不見底 ♦ 青冥 (qīngmíng) azur / 浩蕩 (hàodàng) vaste
- 日月照耀金銀台 ♦ 照耀 (zhàoyào) briller sur / 金銀台 palais d’or et d’argent (des immortels)
- 霓為衣兮風為馬 ♦ 霓 (ní) arc-en-ciel
- 雲之君兮紛紛而來下 ♦ 君 (désigne ici les immortels) / 紛紛 (fēn) en succession
- 虎鼓瑟兮鸞回車 ♦ 鼓瑟 (gǔ sè) jouer du luth / 鸞 (luán) (oiseau mythique, sorte de phénix) / 回 tourner, diriger / 鸞回車 char conduit par un phénix
- 仙之人兮列如麻 ♦ 列如麻 en rangs nombreux
- 忽魂悸以魄動 ♦ 魂 (hún) âme (spirituelle) / 悸 (jì) palpiter de terreur / 以 et (?) / 魄 (pò) âme (matérielle, liée au corps)
- 恍驚起而長嗟 ♦ 恍 (huǎng) soudain / 嗟 (jiē) gémir (on a si peur qu’on ne peut s’empêcher de gémir)
- 惟覺時之枕蓆 ♦ 覺 se réveiller / 惟覺時之枕席 (zhěnxí) au moment où je m’éveille il n’y a plus que l’oreiller
- 失向來之煙霞 ♦ 失向來之煙霞 les nuages dont je rêvais à l’instant ont disparu
- 世間行樂亦如此
- 古來萬事東流水 ♦ 東流水 comme de l’eau qui coule vers l’est (et ne revient jamais)
- 別君去兮何時還
- 且放白鹿青崖間 ♦ 放 libérer, laisser paître / 白鹿 (báilù) cerf blanc (ici, monture d’immmortel) / 崖 (yá) précipice, falaise, montagne
- 須行即騎訪名山 ♦ 須 attendre / 須行 au moment du départ / 騎 chevaucher (les cerfs blancs) / 訪 (fǎng) visiter
- 安能摧眉折腰事權貴 ♦ 摧眉折腰 (cuī méi zhé yāo) baisser la tête et se courber, s’humilier
- 使我不得開心顏 ♦ 不得 ne pas pouvoir / 開心顏 se réjouir
Commentaire
- La compaison entre les monts Tianmu et Tiantai, aux v. 7-8, est pour le moins approximative, et la hauteur donnée par le poète au Tiantai est tout à fait fantaisiste. Les deux montagnes sont d’altitude modeste (1587 mètres pour le Tianmu, 1130 mètres pour le Tiantai). Le zhang 丈, mot souvent traduit par « toise » en français, faisant environ 3 mètres, la hauteur suggérée par Li Bai pour le Tiantai (48000 toises) serait donc d’environ 144000 mètres de haut (ou 54000 mètres si l’on suit la correction yi 一, « un », au lieu de si 四, « quatre »). Mais peut-être Li Bai fait-il référence à l’étendue de la montagne ? Notons encore que le Tianmu (à l’ouest de l’actuelle Hangzhou) et le Tiantai (au sud de l’actuelle Ningbo) sont séparés d’un peu plus de 150 kilomètres.
Thèmes
- Voyage initiatique et initiation
- Taoïsme
- Paysage (spectacle)
- Paysage (nuées)
- Rêves
- Montagnes
- Jiangnan
- Immortels et immortalité
- Eau
- Anciens (lettrés)
- Animaux
- Style (exalté)
- Poèmes originaux
Attributs
- Année de composition : 745
- Forme : gushi 古詩
- Vers : 45
- Pieds : irrégulier
- Thème : voyage initiatique
- Lieu : (Zhejiang) Tianmu (Xinchang)
- Esthétique : 1
- Mode : laudatif, exhortatif
Anthologies : 15/29
- Hyylj(T), Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongHu(P), Paihang(P)
- Tang / Qing / Rép / RPC
- Trois cents poèmes des Tang
- 10 anthologies RPC
- Palmarès (n° 49)
- Trad. Demiéville 259, Splendor 106, Hu-Sterk 381
Lien externe
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