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李白 : 蜀道難
- 噫吁嚱
- 危乎高哉
- 蜀道之難 難於上青天
- 蠶叢及魚鳧
- 開國何茫然
- 爾來四萬八千歲
- 不與秦塞通人煙
- 西當太白有鳥道
- 可以橫絕峨眉巔
- 地崩山摧壯士死
- 然後天梯石棧相鉤連
- 上有六龍回日之高標
- 下有衝波逆折之回川
- 黃鶴之飛尚不得過
- 猿猱欲度愁攀援
- 青泥何盤盤
- 百步九折縈巖巒
- 捫參歷井仰脅息
- 以手撫膺坐長歎
- 問君西遊何時還
- 畏途巉巖不可攀
- 但見悲鳥號古木
- 雄飛雌從繞林間
- 又聞子規啼夜月
- 愁空山
- 蜀道之難 難於上青天
- 使人聽此凋朱顏
- 連峯去天不盈尺
- 枯松倒掛倚絕壁
- 飛湍瀑流爭喧豗
- 砯崖轉石萬壑雷
- 其險也如此
- 嗟爾遠道之人胡爲乎來哉
- 劍閣崢嶸而崔嵬
- 一夫當關萬夫莫開
- 所守或匪親
- 化爲狼與豺
- 朝避猛虎
- 夕避長蛇
- 磨牙吮血
- 殺人如麻
- 錦城雖云樂
- 不如早還家
- 蜀道之難難於上青天
- 側身西望長咨嗟
Li Bai (701-762) : Dur est le chemin de Shu
- Holà ! Holà !
- Que c’est haut ! Que c’est raide !
- Qu’il est dur le chemin de Shu, plus dur que de monter au ciel !
- Cancong et Yufu
- Ont fondé ce pays il y a si longtemps que
- Quarante-huit mille ans depuis leur époque,
- Sans communication avec les habitants au nord des passes de Qin !
- À l’ouest [de Chang’an], au mont Taibai, par un chemin pour oiseaux,
- On peut traverser jusqu’aux pics du mont Emei !
- Le sol s’effondra, la montagne se brisa, et les braves moururent !
- Puis on enchaîna des échelles célestes et des passerelles de pierre !
- Là-haut, des crêtes qui forcent le soleil transporté par les six dragons à s’en retourner,
- En-bas, des eaux tourbillonnantes qui refoulent les vagues les plus torrentielles
- Les grues jaunes elles-mêmes ne peuvent passer [ces montagnes],
- Les macaques voudraient les franchir, ils se désolent ne ne pouvoir les grimper.
- Qu’ils sont tortueux les monts de la Boue verte !
- On fait cent pas et le sentier tourne neuf fois autour du pic !
- On touche et passe les mansions du Ginseng et du Puits en retenant sa respiration,
- La main sur la poitrine, on s’assied et on soupire longuement !
- Vous qui partez vers l’ouest, à quand votre retour
- Sur ces chemins vertigineux et ces parois qu’on ne peut gravir ?
- On n’y voit que de tristes oiseaux qui crient dans de vieux arbres,
- Tournoyant dans les forêts, les mâles volant devant et les femelles derrière.
- Et on entend les coucous qui pleurent,
- Quel chagrin dans les montagnes désolées sous la lune nocturne !
- Qu’il est dur le chemin de Shu, plus dur que de monter au ciel !
- Rien qu’en en entendant parler les gens pâlissent !
- Une enfilade de sommets à moins d’un pied du ciel,
- Des pins secs qui s’accrochent à l’envers dans des précipices,
- Des torrents volants et des rivières cascadantes qui se disputent avec vacarme,
- Des falaises retentissantes et des rochers tournoyant qui se perdent dans le tonnerre de dix mille gouffres !
- Un endroit aussi périlleux,
- Hélas, pourquoi faire un si long chemin pour y venir ?
- Quelle est vertigineuse et escarpée, la Passerelle de l’Épée !
- Un homme suffit à bloquer le passage de dix mille,
- Et si ceux qui la gardent ne sont pas des fidèles [de la dynastie],
- Ils deviennent comme des loups ou des chacals.
- Le matin on échappe à des tigres féroces,
- Le soir on fuit de longs serpents,
- Des bêtes qui aiguisent leurs crocs ou sucent le sang,
- Et tuent en quantité.
- Bien qu’on dise que la Ville de Brocart est plaisante,
- Il vaut mieux se dépêcher de rentrer chez soi !
- Qu’il est dur le chemin de Shu, plus dur que de monter au ciel !
- Tourné vers l’ouest, je pousse un long soupir.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
蜀道難 ♦ 蜀道難 (type de yuefu 乐府 des dynasties du sud)
- 噫吁戲 ♦ 噫吁戲 (噫籲嚱) (yī xū xī) (onomatopée marquant l’étonnement) (dialecte du Sichuan)
- 危乎高哉 ♦ 危乎高哉 c’est si haut !
- 蜀道之難難於上青天
- 蠶叢及魚鳧開國何茫然 ♦ 蠶叢 Cáncóng), 魚鳧 Yúfú (deux anciens souverains de Shu) / 茫然 flou, incertain, lointain
- 爾來四萬八千歲 ♦ 爾來 depuis cette époque
- 不與秦塞通人煙 ♦ 秦塞 (sài) passes du pays de Qin, pays de Qin / 人煙 foyers, population
- 西當太白有鳥道 ♦ 西當 face à l’ouest, à l’ouest / 太白 = 太白山 (à l’ouest de Chang’an) / 鳥道 sentiers très dangereux (que seuls les oiseaux peuvent suivre)
- 可以橫絕峨眉巔 ♦ 橫絕 traverser jusqu’à / 巔 (一作顛) / 峨嵋巔 (diān) sommet du Emei
- 地崩山摧壯士死 ♦ 崩 (bēng) / 摧 (cuī) briser / 地崩山摧壯士死 (allusion aux cinq hercules qui ouvrirent la route de Shu au roi Hui de Qin 五丁開山)
- 然後天梯石棧相鈎連 ♦ 天梯 (tiāntī) marches célestes, chemin très raide / 棧 (zhàn) passerelle suspendue / 石棧 passage creusé dans une falaise / 相 (一作方) / 相鉤連 (gōu) s’accrocher les uns les autres
- 上有六龍回日之高標 ♦ 六龍回日之高標 (一作橫河斷海之浮雲) / 六龍回日 (allusion aux six dragons qui transportent le soleil: les montagnes sont si hautes que le soleil ne peut passer au couchant) / 高標 (biāo) hautes branches, (ici) hautes cimes
- 下有衝波逆折之回川 ♦ 衝波 (chōngbō) vagues, (ici) torrents, rivières torrentielles / 逆折 (nìzhé) changer de sens, aller dans l’autre direction, retourner / 回川 eaux tourbillonnantes, tourbillons
- 黃鶴之飛尚不得過 ♦ 黃鶴 (hè) grue jaune (oiseau réputé pour son vol) / 尚不得 même lui n’y parvient pas
- 猿猱欲度愁攀援 ♦ 猿猱 (yuánnáo) singes, macaques (habiles à grimper) / 愁 (chóu) s’inquiéter, avoir peur (ou bien: ils sont chagrinés parce qu’ils n’arrivent pas à grimper) / 援 (一作緣) / 攀緣 (pānyuán) grimper
- 青泥何盤盤 ♦ 青泥 = 青泥岭 (montagnes dans le Gansu et le Shaanxi) / 盤盤 (pán) tortueux
- 百步九折縈巖巒 ♦ 百步九折 (zhé) sur cent pas le chemin tourne neuf fois / 縈 (yíng) tourner autour / 巖巒 (yánluán) sommets
- 捫參歷井仰脅息 ♦ 捫 (mén) toucher avec la main / 參 (shēn) (constellation correspondant au pays de Shu) / 歷 (lì) passer / 井 (mansion correspondant au pays de Qin) / 仰 (yǎng) / 脅息 (xiéxī) retenir sa respiration (de crainte)
- 以手撫膺坐長嘆 ♦ 撫 (fǔ) se toucher / 膺 (yīng) poitrine
- 問君西遊何時還 ♦ 問君 (一作徵人) / 君 (l’ami qui va à Shu) / 時 (一作當)
- 畏途巉巖不可攀 ♦ 畏途 (wèitú) chemin qui fait peur, route dangereuse / 巉巖 (chányán) falaises
- 但見悲鳥號古木 ♦ 號 (háo) / 古 (一作枯) / 號古木 hurler dans les vieux arbres
- 雄飛雌從繞林間 ♦ 雌 (cí) oiseau femelle / 繞 (rào) tourner
- 又聞子規啼 ♦ 子規 coucou
- 夜月愁空山 ♦ 又聞子規啼, 夜月愁空山 (autre ponctuation possible: 又聞子規啼夜月, 愁空山)
- 蜀道之難難於上青天
- 使人聽此凋朱顏 ♦ 凋 (diāo) dépérir, se faner, (ici) faire dépérir / 凋朱顏 on en perd son teint rouge (on en pâlit, ou bien on vieillit)
- 連峰去天不盈尺 ♦ 連峰 (峯) enfilade de sommets / 去天不盈尺 (一作入煙幾千尺) / 天不盈尺 ils ne sont même pas à un pied du Ciel
- 枯松倒掛倚絕壁 ♦ 倒掛 être accroché à l’envers / 倚 (yǐ) s’appuyer contre, se pencher sur / 絕壁 précipice
- 飛湍瀑流爭喧豗 ♦ 湍 (tuān) couler rapidement, torrent, cascade / 瀑 (pù) cascade / 喧豗 (huī) bruit retentissant (du torrent) / 爭喧豗 rivaliser de bruit
- 砯崖轉石萬壑雷 ♦ 砯 (pīng) (bruit de l’eau qui frappe des rochers) / 崖 (yá) falaise / 轉 faire tourner / 壑 (hè)
- 其險也如此 ♦ 如此 (一作若此) / 其險也若此 Etant donné que c’est si dangereux, (pourquoi)…]
- 嗟爾遠道之人胡為乎來哉 ♦ 嗟爾 (jiē ěr) malheur à toi / 胡為 pourquoi?
- 劍閣崢嶸而崔嵬 ♦ 劍閣 la Passerelle de l’Épée (nom d’une voie suspendue) / 崢嶸 (zhēngróng) haut, imposant / 崔嵬 (cuīwéi) haut, imposant
- 一夫當關萬夫莫開 ♦ 一夫當關 (pour) un homme qui garde les passes / 萬夫 (一作萬人)
- 所守或匪親 ♦ 所守 ceux qui gardent, ceux qui contrôlent les passes / 匪 = 非 / 親 (一作人) partisans, fidèles, soutiens (de la dynastie) / 所守或匪親 si ceux qui contrôlent les passes ne sont pas des fidèles de la dynastie
- 化為狼與豺 ♦ 豺 (chái) chacals
- 朝避猛虎 ♦ 朝避 le matin on fuit / 猛虎 tigres féroces
- 夕避長蛇
- 磨牙吮血 ♦ 磨牙吮血 (mó, shǔn) ils aiguisent leurs dents et sucent le sang
- 殺人如麻 ♦ 如麻 comme (ils coupent) du chanvre, nombreux, en désordre (殺人如麻 est un chengyu)
- 錦城雖雲樂 ♦ 錦城 la Ville de Brocart (Chengdu) / 雖云樂 bien qu’on dise (que Chengdu) est plaisante
- 不如早還家
- 蜀道之難難於上青天
- 側身西望長諮嗟 ♦ 長諮嗟 (一作令人嗟) / 諮 (咨) (zī) soupirer
Commentaire
- Ce poème a frappé les contemporains de Li Bai. Comme le remarque Stephen Owen, « there had never been anything like this in Chinese poetry » (The Great Age of Chinese Poetry, p. 123) ; S. Owen remarque cependant que ce poème s’inscrit à certains égards dans la tradition des Chants de Chu (Chuci 楚辭).
- Ce poème paraît une simple description des paysages escarpés du nord du Sichuan (le pays du Shu), et plus précisément une évocation des dangers du chemin qui y menait depuis le Shaanxi et la capitale impériale, Chang’an. Mais certains interprètes ont voulu y voir un sens caché, en particulier une allusion aux violences et ambitions de certaines élites du Sichuan à l’époque. D’autres y ont vu une métaphore pour les difficultés et pièges de la carrière officielle.
- La versification du poème, très irrégulière, reflète les aspérités et altérations du relief. Et les nombreuses onomatopées donnent au lecteur, ou mieux, à l’auditeur de ces vers l’impression qu’il est lui-même du voyage.
Thèmes
Attributs
- Année de composition : 742
- Forme : gushi 古詩
- Vers : 45
- Pieds : irrégulier
- Thème : paysage (philosophique)
- Lieu : (Sichuan)
- Esthétique : 1
- Mode : laudatif
Anthologies : 17/29
- Hyylj(T), Yxj(T), Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), Lidai(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongHu(P), Paihang(P)
- Tang / Qing / Rép / RPC
- Trois cents poèmes des Tang
- 11 anthologies RPC
- 1 anthologie scolaire
- Palmarès (n°10)
- Trad. Demiéville 249, Splendor 104, OwenGreat 123 (partielle), Hu-Sterk 374
Lien externe
- La page de l’encyclopédie Baidu de ce poème : https://baike.baidu.com/item/%E8%9C%80%E9%81%93%E9%9B%A3/14470