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李商隱 : 錦瑟
- 錦瑟無端五十絃
- 一絃一柱思華年
- 莊生曉夢迷蝴蝶
- 望帝春心託杜鵑
- 滄海月明珠有淚
- 藍田日暖玉生煙
- 此情可待成追憶
- 只是當時已惘然
Li Shangyin (813-858) : La cithare précieuse
- Sans raison aucune, la cithare précieuse possède cinquante cordes,
- Chacune de ses cordes et chevilles me rappellent mes belles années.
- Rêve matinal : Zhuangzi se crut papillon.
- Cœur printanier : le roi Wang se transforma en coucou.
- Les perles de lune de l’océan azuré : de pauvres larmes!
- Les jades au soleil des champs bleutés : de simples vapeurs!
- On peut ressasser le souvenir des sentiments d’antan,
- Mais ces sentiments déjà sur le moment n’étaient qu’illusion.
(traduction provisoire)
Notes textuelles
錦瑟 ♦ 瑟 (sè) cithare (en principe à 25 cordes) / 錦瑟 (le titre vient des deux premiers caractères, mais ce n’est pas le sujet du poème)
- 錦瑟無端五十弦 ♦ 無端 (wúduān) sans raison, sans motif, pour quelle raison? / 五十弦 (xián) (l’instrument avait à l’origine 50 cordes, qui ici renvoient à l’âge du poète ?)
- 一弦一柱思華年 ♦ 柱 chevilles, chevalets (de l’instrument ; il y a un chevalet par corde) / 一弦一柱 (renvoie aux années) / 思華年 penser à l’âge d’or, se souvenir de sa jeunesse (il s’agirait de « l’oeil » du poème)
- 莊生曉夢迷蝴蝶 ♦ 莊生 Zhuangzi (allusion au rêve de Zhuangzi, avec l’idée que le temps passe vite, n’est qu’illusion)
- 望帝春心托杜鵑 ♦ 望帝 (ancien souverain de Shu à l’époque des Trois Royaumes; après sa mort, il apparaît chaque année au printemps sous la forme d’un coucou pour inciter les gens au travail agricole; selon une autre interprétation, il aurait eu une histoire d’amour avec l’épouse de son premier ministre et se serait transformé en coucou par honte) / 春心 coeur de printemps, coeur amoureux / 杜鵑 (dùjuān) coucou / 托杜鵑 (il confie son coeur de printemps au coucou)
- 滄海月明珠有淚 ♦ 珠有淚 (allusion à une sirène ayant pleuré des larmes de perles ? à la légende selon laquelle les perles apparues par pleine lune disparaissaient une fois la lune disparue ?)
- 藍田日暖玉生煙 ♦ 藍田 (montagne célèbre pour son jade: on espère y voir du jade, mais on ne voit que la fumée qu’il dégage par temps tiède) (ces deux vers symbolisent le gaspillage et les espoirs vains)
- 此情可待成追憶 ♦ 可 pouvoir, comment pourrait-on ? (souvent interprété comme particule interrogative : comment ?) / 待 pourquoi attendre (aujourd’hui)? / 此情可待成追憶 pourquoi me souvenir aujourd’hui de ces sentiments? (il avait déjà un sentiment d’échec avant de se souvenir de son passé?)
- 只是當時已惘然 ♦ 惘然 (wǎngrán) déception / 只是當時已惘然 il était déjà déçu à l’époque
Commentaire
- Ce célèbre huitain heptasyllabique est l’un des plus célèbres poèmes de Li Shangyin. Il figure dans les Trois cents poèmes des Tang, et est presque immanquablement repris dans les anthologies contemporaines.
- Ce succès est à la fois compréhensible étant donné la beauté de ce poème, et paradoxal étant donné les problèmes d’interprétation qu’il pose. Ce poème a en effet donné donné lieu à d’innombrables commentaires et interprétations. Cf. l’article de James J. Y. Liu, “Li Shang-Yin’s Poem ‘The Ornamented Zither’ (Chin-Sê).”
- Ce poème a été lu comme :
- un poème d’amour (avec des divergences quant à l’identité de la femme dont le poète aurait été amoureux) ;
- un poème où le poète se souvient de son épouse disparue ;
- un poème sur les échecs de la carrière du poète, ou sur les difficultés d’une vie trop rapidement enfuie (avec éventuellement également une allusion à l’épouse morte) ;
- un poème sur la musique de la cithare, avec les quatre vers centraux qui seraient des allusions à des musiques précises ;
- un poème d’introduction à la collection de poèmes, le poète écrivant sur sa propre poésie ;
- un poème sur le caractère illusoire de la vie, qui passe comme un rêve ; cette dernière interprétation, qui est celle de J. Y. J. Liu, paraît la plus convaincante.
Thèmes
- Vieillesse
- Lettré (épreuves)
- Lettré (nostalgie de l’épouse)
- Musique
- Style (images)
- Psychologie et mentalités
- Poèmes originaux
Attributs
- Année de composition : 847
- Forme : qi yan lüshi 七言律詩
- Vers : 8
- Pieds : 7
- Thème : vieillesse (?)
- Lieu : ?
- Esthétique : 1
- Mode : triste
Anthologies : 14/29
- Sanbai(Q), Juyao(R), Yiduo(R), Ma(P), Yu(P), Gushi(P), Cidian(P), WanTang(P), Xianggang(P), Pingjian(P), Ge(P), ZhongJilin(P), ZhongHu(P), Paihang(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 11 anthologies RPC
- Palmarès (n°34)
- Trad. Splendor 240, Hu-Sterk 488
Lien interne
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E9%8C%A6%E7%91%9F/396