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杜甫 : 兵車行
- 車轔轔馬蕭蕭
- 行人弓箭各在腰
- 耶孃妻子走相送
- 塵埃不見咸陽橋
- 牽衣頓足攔道哭
- 哭聲直上干雲霄
- 道傍過者問行人
- 行人但云點行頻
- 或從十五北防河
- 便至四十西營田
- 去時里正與裹頭
- 歸來頭白還戍邊
- 邊庭流血成海水
- 武皇開邊意未已
- 君不聞漢家山東二百州
- 千村萬落生荊杞
- 縱有健婦把鋤犁
- 禾生隴畝無東西
- 況復秦兵耐苦戰
- 被驅不異犬與雞
- 長者雖有問
- 役夫敢申恨
- 且如今年冬
- 未休關西卒
- 縣官急索租
- 租稅從何出
- 信知生男惡
- 反是生女好
- 生女猶得嫁比鄰
- 生男埋沒隨百草
- 君不見青海頭
- 古來白骨無人收
- 新鬼煩冤舊鬼哭
- 天陰雨濕聲啾啾
Du Fu (712-770) : Ballade des chars de guerre
- Les chars roulent, les chevaux hennissent,
- Les soldats portent tous arcs et flèches à la taille,
- Leurs pères, mères, femmes et enfants les suivent,
- Et la poussière est telle qu’on ne voit plus le pont de Xianyang.
- Ils les retiennent par les vêtements, frappent le sol, bloquent le chemin, pleurent,
- Le bruit de leurs pleurs monte droit au firmament.
¬ - Le passant arrêté au bord de la route interroge un soldat
- Qui répond simplement : « Une fois de plus, on nous mobilise !
- Certains d’entre nous sont partis à quinze ans pour garder le Fleuve au nord,
- Et à quarante ans ils ont été assignés aux terres des colonies militaires.
- Au moment du départ le chef de village nous a attaché le turban d’adulte,
- Et à peine rentrés, les cheveux blancs, nous devons retourner aux frontières.
¬ - Le sang que nous avons versé aux frontières forme une mer,
- Mais l’Empereur martial ne se satisfait toujours pas de nos conquêtes aux frontières !
¬ - Monsieur, ne savez-vous donc pas que dans les deux cents préfectures de l’Empire à l’est des montagnes,
- Mille villages et dix mille hameaux sont envahis par les ronces ?
- Et même lorsque de robustes femmes s’emploient à la houe et à la charrue,
- Le grain dans les champs pousse dans le plus grand désordre.
- Et c’est encore pire pour nous, les soldats de Qin, qui endurons les amères batailles :
- Nous sommes menés comme si nous n’étions que des chiens ou des poules !
¬ - Monsieur, vous nous interrogez –
- Mais comment de simples soldats oseraient-ils se plaindre ?
- Et cette année, jusqu’à l’hiver,
- Nous continuerons notre service à l’ouest des passes !
- Et ces taxes que les fonctionnaires nous réclament avec insistance…
- L’argent de ces taxes, où le trouverons-nous ?
¬ - Vraiment, on sait que c’est un malheur que d’avoir un fils,
- Mieux vaut donner naissance à une fille,
- Elle trouvera à se marier au village,
- Alors que le garçon finira enterré dans les herbes sauvages.
¬ - Monsieur, ne voyez-vous pas sur les bord du Qinghai,
- Ces vieux ossements blancs que personne jamais ne recueille ?
- Les esprits des nouveaux morts crient leur rancœur, les anciens esprits pleurent :
- Sous le ciel sombre, dans l’humidité de la pluie, le bruit de leurs hululements !
(traduction provisoire)
Notes textuelles
兵車行 ♦ 行 (type de yuefu)
- 車轔轔馬蕭蕭 ♦ 轔轔 (lín) (onomatopée: roulement du char) / 蕭蕭 (xiāo) (onomatopée: hennissement)
- 行人弓箭各在腰 ♦ 行人 soldats en campagne
- 耶娘妻子走相送 ♦ 耶 (yé) = 爺 / 耶娘 père et mère / 妻子 épouses et enfants / 相送 (ils accompagnent les soldats qui partent)
- 塵埃不見咸陽橋 ♦ 咸陽橋 (pont à l’ouest de Chang’an, construit sous les Han)
- 牽衣頓足攔道哭 ♦ 攔 (一作橋) / 攔道 (lán) bloquer le chemin
- 哭聲直上干雲霄 ♦ 干 (幹) (gān) assaillir, heurter / 雲霄 (xiāo) ciel
¬ - 道旁過者問行人 ♦ 過者 (désigne ici le poète) / 問行人 (ils leur demandent la raison de cette marche)
- 行人但云點行頻 ♦ 點行 (diǎnxíng) mobiliser en fonction des registres / 頻 (pín) fréquent / 點行頻 les mobilisations sont trop fréquentes
- 或從十五北防河 ♦ 或 certains, parfois / 十五 quinze (ans) / 防河 protection du Fleuve jaune (chaque automne contre les barbares)
- 便至四十西營田 ♦ 營田 = 屯田 colonies militaires (pour assurer l’approvisionnement des troupes)
- 去時里正與裹頭 ♦ 里正 chef de village, chef local (responsable de cent familles) / 與裹頭 (guǒ) donner un turban pour attacher les cheveux, aider à nouer les cheveux (les faire tenir correctement)
- 歸來頭白還戍邊 ♦ 還 (一作猶) / 戍邊 (shù) garnison aux frontières
¬ - 邊庭流血成海水 ♦ 庭 (一作亭) / 邊庭 bureaux aux frontières, (ici) frontières
- 武皇開邊意未已 ♦ 武 (一作我) / 武皇 Empereur martial, empereur Wudi des Han (désigne l’Empereur Xuanzong des Tang) / 開邊 s’étendre aux frontières / 意未已 (yǐ) il n’est pas encore satisfait, il en veut plus
¬ - 君不聞漢家山東二百州 ♦ 君不聞 n’avez-vous pas entendu? / 漢家 (désigne ici les Tang) / 山東 à l’est des passes Hanguguan), c’est-à-dire à l’est du pays de Qin (de la capitale)
- 千村萬落生荊杞 ♦ 落 village / 荊杞 (jīngqǐ) mauvaises herbes et buissons
- 縱有健婦把鋤犁 ♦ 縱 (zòng) même si / 健婦 femmes fortes / 把 tenir en main / 鋤 (chú) houe / 犁 (lí) charrue
- 禾生隴畝無東西 ♦ 禾 (hé) grain / 隴畝 = 壟畝 (lǒngmǔ) terres de labour / 無東西 (ça ne pousse pas le long de sillons droits, les femmes même robustes, ne parvenant à creuser d’une façon régulière)
- 況復秦兵耐苦戰 ♦ 況復 à plus forte raison, (ici) même si / 秦兵 (armées envoyées aux frontières ouest) / 耐 (nài) endurer
- 被驅不異犬與雞 ♦ 被驅 être conduits, être poussés / 不異 ne diffèrent pas de
¬ - 長者雖有問 ♦ 長者 l’ancien (les gens s’adressent ainsi au poète, par respect)
- 役夫敢申恨 ♦ 役夫 (yìfū) homme de corvée (ici, soldats, façon dont se désignent les soldats) / 敢 comment oserais-je? / 申恨 (shēnhèn) se plaindre (les deux vers sont parallèles)
- 且如今年冬
- 未休關西卒 ♦ 未休 (la guerre continue) / 關 (一作隴) / 關西卒 soldats de l’ouest
- 縣官急索租 ♦ 急索租 (一作云急索) / 縣官 (xiàn) magistrats, autorités / 索 (suǒ) réclamer 租 impôts sur les terres cultivées, taxes
- 租稅從何出
¬ - 信知生男惡 ♦ 信知 assurément on sait que
- 反是生女好
- 生女猶得嫁比鄰 ♦ 得 (一作是) / 比鄰 (bǐlín) gens du village, voisins
- 生男埋沒隨百草 ♦ 男 (一作兒) / 埋沒 (máimò) enfouir, enterrer / 隨 (suí) s’en remettre à, abandonner dans
¬ - 君不見青海頭 ♦ 青海頭 bords du Qinghai (lieux d’affrontement entre les armées Tang et les barbares)
- 古來白骨無人收
- 新鬼煩冤舊鬼哭 ♦ 新鬼 (fantômes des morts récents) / 煩冤 (fányuān) rancoeur, ressentiment
- 天陰雨濕聲啾啾 ♦ 天陰 ciel couvert / 聲 (一作悲) / 啾啾 (jiū) (onomatopée: désolation, tristesse)
Commentaire
- Ce célèbre poème à l’ancienne figure dans l’anthologie des Trois cents poèmes des Tang. Il est repris dans de très nombreuses anthologies chinoises contemporaines. Le Palmarès le classe à la 74e place des poèmes les plus influents de la dynastie Tang.
- La division en strophes que nous proposons se base pour l’essentiel sur la structure des rimes (transcription médiévale selon la transcription Baxter-Sagart 2014) :
- 1, 2, 4, 6 (sew, yew, gjew, sjeu)
- 7, 8 (nyin, bin)
- 13, 14 (sywijX, yiX)
- 17, 18, 20 (lej, sej, kej)
- 28, 30 (xawX, tshawX)
- 31, 32 (duw, syuw)
- Ce poème, composé en 751 ou 752, est une critique des grandes campagnes militaires lancées par l’Empire au Yunnan, contre les Tibétains, ou au nord-ouest, dont l’ampleur impliquait des conscriptions forcées très craintes par la population. On se référera à un autre poème de Du Fu, « L’officier recruteur de Shihao », pour une thématique proche ; et comme dans ce poème, Du Fu se met ici en retrait et laisse aux victimes le soin de faire le procès de la politique impériale.
- Le premier vers est une référence à deux poèmes du Shijing.
- Aux v. 27-30, la tirade sur les fils et les filles est particulièrement choquante dans un contexte patriarcal ; Bai Juyi, dans « Le Chant des regrets éternels » (v. 25-26) aura une formulation analogue à propos de la fortune de la concubine Yang Guifei et de son clan à la cour.
- Plusieurs traducteurs traduisent le mot « Qinghai », au v. 31, par son nom mongol, soit « Kokonur », ou « Koukounor », ce qui est possible, mais sans doute anachronique.
Thèmes
- Guerre (épreuves)
- Peuple (épreuves)
- Frontières
- Larmes et pleurs
- Vieillesse
- Cheveux blancs
- Empereur Wu (Han)
- Tang et Han
- Religion
- Mort
- Valeurs inversées
Attributs
- Année de composition : 751
- Forme : qi yan gushi (yuefu) 七言古詩 (樂府)
- Vers : 34
- Pieds : 7
- Thème : épreuves (militaire)
- Lieu : (nord-ouest)
- Esthétique : 2
- Mode : critique
Anthologies : 12/29
- Biecai(Q), Sanbai(Q), Juyao(R), Ma(P), Yu(P), Cidian(P), Xianggang(P), Quan(P), Pingjian(P), ZhongJilin(P), ZhongHu(P), Paihang(P)
- Trois cents poèmes des Tang
- 9 anthologies RPC
- Palmarès (n°74)
- Trad. McCraw 12, Hu-Sterk 410, Chapuis I.45
Lien externe
- La page du poème sur l’encyclopédie Baidu : https://baike.baidu.com/item/%E5%85%B5%E8%BB%8A%E8%A1%8C/2808753